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Attention article publié avant décembre 2005

De Henri IV à Lionel Jospin…

Cinq siècles de protestantisme à la française

Le protestantisme est né au XVIe siècle d'un mouvement de contestation du pouvoir religieux de l'Église catholique romaine. Au prix d'affrontements parfois violents, la Réforme a redessiné les contours de la carte religieuse de l'Europe. Patrick Cabanel, historien au Laboratoire Framespa-Diasporas nous convie à un voyage chronologique et sociologique en pays « parpaillot ».

elt_protestantismeCalvinistes (ou réformés, ou huguenots), ils ont formé jusqu'à 11 % de la population française, au milieu du XVIe siècle ; moitié moins sous Henri IV ; au XIXe, ils n'étaient plus que 2,3 % avec l'Alsace, 1,6 % sans elle (600 000 personnes après 1870). Cette vertigineuse érosion des effectifs s'explique par la violence et la persécution, le gel contraint de leurs positions sous l'édit de Nantes, un exil massif après sa révocation en 1685 (le Refuge huguenot), l'attraction du modèle catholique dominant, l'érosion d'une minorité.

La peau de chagrin a laissé surnager des îlots : le Midi « cévenol » (de la Drôme à l'Hérault), l'archipel du Sud-Ouest (le Tarn, Montauban, le Béarn…), le Poitou. L'autre pôle régional se trouve en Alsace et sur ses marches (pays de Montbéliard), mais il a une origine, une histoire et un visage (industriel) bien distincts : c'est un morceau du luthéranisme germanique rattaché à la France à la fin du XVIIe siècle.

Un exode rural précoce, ou à l'inverse l'immigration et le brassage d'autres populations ont presque eu raison de ces zones témoins où les temples bâtis au XIXe siècle (Louis XIV avait fait raser leurs prédécesseurs) sont souvent vides. Les émigrés, souvent fonctionnaires ou cadres, ont gagné Paris et le reste de la France urbaine, constituant un troisième type d'implantation : un protestantisme de dissémination nationale. Les protestants français sont globalement plus alphabétisés et d'un niveau socio-économique plus élevé. Minorité à banquiers et industriels, elle vote pourtant plus à gauche que le reste de la population. Démocrates dans le ciel, les calvinistes le sont aussi sur la terre (Tocqueville) : on les trouve, conseillers ou ministres, autour de Jules Ferry comme de François Mitterrand. La laïcité est leur maison.

Cette minorité, dont la mémoire crie mais dont le Dieu est si heureux en France, est aujourd'hui bousculée par l'arrivée de « cousins » jugés parfois dérangeants : les « évangéliques » à l'anglo-saxonne. Ils ont inversé la courbe du déclin, pour la première fois depuis le XVIe siècle (1,3 millions de protestants en 2004, 2,2 % de la population, selon les sondages). Ils convertissent des tziganes (100 000), des Africains, des Antillais, des populations souvent modestes, aux antipodes culturels, sociaux et politiques des huguenots si bien intégrés.

Deux protestantismes, une crise ? C'est pourtant la tradition féconde de la Réforme que cette tension entre l'Église (réformée) et la « secte » (évangélique), pour parler comme Max Weber1.


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à lire

Les protestants et la République, de 1870 à nos jours. Patrick Cabanel, Complexe, 2000.

Une histoire des protestants en France. Patrick Cabanel, Marianne Carbonnier-Burkard, Desclée de Brouwer, 1998.

Contact

Patrick Cabanel
Laboratoire Framespa-Diasporas
CNRS-EHESS-Universités Toulouse 2 et 3
Tél. : +33 (0)5 61 50 35 66
Mél : patrick.cabanel@wanadoo.fr

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Laboratoire Framespa-Diasporas

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