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Le concept de protection sociale ne prend de réelle signification que défini en termes de « configuration » de la protection sociale, notion qui met d'abord l'accent sur les inter-relations entre les organisations, les acteurs, et leur « contexte ». Ce « contexte » recouvre plusieurs sphères : économique, sociale-domestique, politique-administrative, et une sphère transversale, relative aux normes-traditions. Une configuration est liée à la présence de régularités de long terme des institutions. Les conditions de création des systèmes de protection sociale exercent encore une influence importante. Ces systèmes ont en effet été construits, à la fin du XIX
e siècle, sur la base de « compromis institutionnalisés » concernant le plus souvent les systèmes de retraite et de santé, qui ont alors joué un rôle majeur dans la légitimation de l'État. Tous ces éléments conditionnent les évolutions dans chaque pays.
Transformation plus que recul des interventions de l'ÉtatAu cours des vingt-cinq dernières années, les diverses tensions tant économiques que sociales et parfois politiques, ont fortement pesé sur la protection sociale en restreignant ses ressources tout en contribuant à développer les besoins qui prenaient en outre des formes nouvelles. Aussi la majorité des interventions ont visé à limiter les prestations publiques et la place de l'État (modifications des paramètres des prestations, introduction de mécanismes de concurrence et d'autonomie de gestion dans certains services publics, et privatisations). Le renforcement du caractère « assurantiel » ou marchand de certaines prestations est allé dans le même sens. Les interventions directes ont parfois été remplacées par des exemptions d'impôts ou de cotisations sociales ne nécessitant pas de financement. Enfin, à l'exception du Royaume-Uni, la place de l'État central a été plus ou moins réduite au profit des niveaux administratifs régionaux/locaux.
Ces mesures ont très inégalement contribué à limiter les dépenses publiques ou ont pesé sur les ressources fiscales. Elles ont souvent suscité de nouvelles interventions publiques pour en corriger les effets négatifs ou inattendus. Des allocations ont été créées pour prendre en charge la montée de la pauvreté ou répondre à de nouveaux besoins. Surtout, tout un pan d'interventions publiques s'est développé à propos du chômage et de la politique de l'emploi que l'on peut considérer comme relevant d'une extension de la protection sociale traditionnelle.
Des réformes « semblables » et pourtant différentes
Si ces tendances se retrouvent dans tous les pays, leur application présente une grande diversité. Des réformes apparemment semblables poursuivent des objectifs propres à chaque pays. Symétriquement, la recherche d'objectifs identiques est faite au moyen d'instruments spécifiques (ou analogues mais alors dosés différemment). Les processus de changement peuvent relever de stratégies de « grignotage » ou de « grande réforme ». Le nombre de cas de grande réforme des compromis institutionnalisés est faible, ce qui confirme le maintien de leur place dans la légitimitation de l'État. Enfin, les effets et l'efficacité de stratégies similaires peuvent être très variés, allant même parfois dans des sens opposés aux résultats recherchés
1. Choisir un « meilleur modèle » de politique sociale n'est donc pas possible.
Les évolutions actuelles des configurations de la protection sociale pourraient-elles conduire à de « nouvelles » configurations plus « proches » que les anciennes ? Si l'on observe une convergence dans les formes des prestations, les modes d'organisation et les processus de changement demeurent spécifiques à chaque pays. Le rôle de l'Union européenne, encore limité en matière de protection sociale au sens traditionnel, devrait être à l'avenir plus important pour les politiques de l'emploi et de lutte contre la pauvreté et devrait ainsi contribuer à un rapprochement de celles-ci. Enfin, la politique fiscale tient un grand rôle dans la redistribution des revenus et contribue à la diversité des effets des systèmes de protection sociale.