>
Il y a tout juste 40 ans, le Civil Rights Act condamnait la ségrégation raciale dans tous les lieux publics américains. Un an plus tard, en 1965, une nouvelle loi mettait au ban les autorités locales empêchant les Noirs d'exercer leur droit de vote. Progressivement, le vote noir est devenu un enjeu des campagnes électorales, traditionnellement acquis au parti démocrate.
En novembre 2000, avec moins de 9 % du vote noir, George W. Bush réalisait le pire score d'un candidat républicain depuis Goldwater1 en 1964, au sein de l'électorat noir. Depuis, l'image du président ne s'est guère améliorée, notamment à cause de son hostilité à l'affirmative action, de sa lenteur à condamner le chef de la majorité républicaine au Sénat qui avait en 2002 soutenu un ancien défenseur de la ségrégation raciale, de sa décision en juillet 2004 de ne pas intervenir devant le congrès annuel de la National Association for the Advancement of Colored People2. Au sein de l'administration républicaine, le positionnement-même des leaders africains-américains est délicat, comme en témoigne leur silence sur la question des réparations de la traite des Noirs et de l'esclavage. Toutefois, Bush utilise le thème de l'Afrique pour reconquérir une partie de cet électorat. Il renforce la loi African Growth and Opportunity Act qui facilite les échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays les plus pauvres d'Afrique.
Quant à John Kerry, il multiplie les déclarations, profitant de toutes les dates historiques de la communauté noire : cinquantième anniversaire de l'arrêt de la Cour suprême3 qui condamna la ségrégation scolaire, quarantième anniversaire de la loi sur les droits civiques4, 95e congrès annuel de la NAACP (2004). Au cours de ce dernier, il axe son discours sur la famille, conscient que l'électorat noir est très attaché aux valeurs traditionnelles. Sur l'Afrique noire, la stratégie démocrate privilégie deux axes sensés faire la différence avec le camp républicain. Le premier concerne la lutte antisida qui est pour Kerry « la plus grande obligation morale de notre temps ». Le second axe est fourni par le Soudan. Pour Kerry, Bush ignore le « génocide », alors qu'il faut « retenir les leçons du Rwanda ».
Pour les démocrates, emporter le vote africain-américain reste une priorité, surtout dans des États du Sud en balance, comme la Floride, la Louisiane et l'Arkansas. Le résultat de l'élection pourrait en dépendre.
Statistiques sur la population américaine :
http://www.census.gov/statab/www/poprace.html
1/ Barry M. Goldwater (1909-1998). Il rejoint le parti républicain et est élu au Sénat en 1952. Supporter de McCarthy, il se situe à l'extrême droite du parti. Nommé candidat à la présidence du parti républicain en 1964, il décourage ses supporters potentiels en votant contre l'Acte anti-pauvreté de Johnson.
2/ NAACP, la principale organisation de défense des droits civiques aux États-Unis : Consulter le site web NAACP
3/ Brown v. Board., le 17 mai 1954.
4/ 1964.
François Durpaire
Centre de recherches d'histoire nord-américaine (CRHNA)
Université Paris 1
Tél. : +33 (0)1 40 46 28 22
Mél : durpaire@hotmail.com