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Italie : la justice, la politique et l'histoire

Depuis qu'elle a activement participé à la chute de la « première République » par son action contre la corruption des élites gouvernantes, la magistrature est devenue un acteur central de la scène politique italienne.

Entre 1992 et 1994, les enquêtes « Mains propres » et celles des juges antimafia ont abouti à l'effondrement des partis au pouvoir depuis la Libération – en particulier la Démocratie chrétienne (DC) – et au discrédit de nombre de leurs leaders. Mais ces enquêtes ont fait plus que cela : elles ont étayé les versions « criminelles » de l'histoire de l'Italie républicaine, qui insistaient sur ses zones d'ombre en révélant l'étendue des pratiques illicites (affairisme, collusion avec la mafia) au sein des groupes dirigeants.

Bouche de la vérité

© Dessin Marc Taraskoff


Le procès intenté contre Giulio Andreotti a été un événement emblématique de cette intrusion de la justice sur la scène de la politique et de l'histoire. Accuser l'un des plus importants responsables de la DC depuis les années 1950 d'avoir noué un « pacte d'échange » avec la mafia ne pouvait qu'alimenter les dénonciations de « l'ancien régime » et justifier les entreprises de ceux qui cherchaient à rénover et à « moraliser » le système politique.
Silvio Berlusconi était à l'époque de ceux-là : annonçant, en janvier 1994, la création de Forza Italia et sa décision de « descendre sur le terrain politique », ne prétendait-il pas rompre avec les « vieux gouvernants » et incarner une « politique propre » ? Très vite cependant – à partir du moment où il a lui-même été incriminé pour corruption – cette prétention a été abandonnée. La nouvelle droite italienne a violemment attaqué la magistrature, accusée d'avoir utilisé l'action pénale à des fins « politiciennes » – d'abord contre les partis modérés de la première République puis contre Berlusconi et ses alliés – et d'avoir voulu « réécrire » à cette fin l'histoire du pays.
Dans cette nouvelle configuration politique, c'est non seulement la prétention de la magistrature à contrôler le pouvoir politique au nom de la légalité qui est mise en cause, mais aussi la validité de ce qu'elle a révélé des formes criminelles de l'exercice du pouvoir. L'un des enjeux actuels de la recherche est certainement, dans ce cas, de refuser une telle mise en cause, d'en comprendre les raisons (les processus politiques qui ont abouti à affaiblir le pouvoir des juges) et d'intégrer les résultats des enquêtes judiciaires à une réflexion renouvelée sur l'histoire de l'Italie républicaine.


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Sommaire

à lire

La tradition en mouvement. Clientélisme et politique en Corse. Paris, Belin, 1997.
• La « guerre des justes ». La magistrature antimafia dans la crise italienne. In J.-L. Briquet et Ph. Garraud, dir., Juger la politique. Entreprises et entrepreneurs critiques de la politique. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2002.
• Jean-Louis Briquet termine un livre sur les relations entre mafia et politique dans l'Italie républicaine et sur le procès Andreotti.

Contact

Jean-Louis Briquet
Centre d'études et de recherches internationales (CERI)
CNRS-FNSP
Mél : briquet@ceri-sciences-po.org

Consulter le site web :
ceri-sciences-po

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