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Attention article publié avant décembre 2005

La colle dans tous ses états

Historique des matières adhésives

L'homme de Néandertal avait déjà inventé la colle ! Il fabriquait des adhésifs à base de brai de bouleau1,
matériau qui a continué à être exploité jusqu'à nos jours !
C'est ce que révèle l'analyse physico-chimique de résidus d'agrégats conservés sur des sites archéologiques.
L'analyse des résultats de chromatographie et de spectrométrie de masse effectuées par Martine Regert (Laboratoire du Centre de recherche et de restauration des musées de France) et les travaux de Michel Barquins (Laboratoire de physique et mécanique des milieux hétérogènes) permettent de retracer la vie des adhésifs au cours des siècles.

chromatographie

© D. R.


Depuis les découvertes de notre ancêtre éloigné, les substances naturelles utilisées dans la production des colles se sont diversifiées, en particulier à partir des âges des métaux, grâce à une meilleure maîtrise des arts du feu. On utilise alors les résines de conifère (Europe) et de pistachier (pourtour méditerranéen). Au Néolithique, la cire d'abeilles recouvre l'intérieur des céramiques pour les rendre imperméables aux liquides ; puis elle est utilisée, mélangée au bitume, à la poix et à de la résine de pistachier, pour calfater les bateaux phéniciens et assyriens et, dès la plus Haute Antiquité, pour réaliser des sceaux qui fermaient symboliquement les plis et portaient la marque du poinçon indiquant l'identité de l'expéditeur.

Quant au bitume, dont la plus ancienne utilisation connue remonte à plus de 35 000 ans, au Paléolithique moyen en Syrie, il a été largement exploité dans le monde méditerranéen. C'est lui qui, depuis 3 350 ans, maintient en place les barrettes de lapis-lazuli et autres pierres précieuses sur le masque de Toutankhamon. Les résines de conifères et la gomme arabique ont servi à maintenir les pigments colorés des sarcophages, pigments qui ornent aussi les papyrus. Pour les manuscrits sur parchemin, puis sur papier, du Moyen Âge et du début de la Renaissance, les pigments sont liés entre eux à l'aide de blanc et de jaune d'œuf et de miel. Le latex (et sa forme coagulée, le caoutchouc), à la base de nombreuses colles modernes, était déjà utilisé, il y a 3 000 ans par les Olmèques, pour imperméabiliser les toiles tissées.

Deux découvertes marquent un tournant : l'Écossais Charles Macintosh trouve en 1823 le solvant idéal du caoutchouc, le naphta2 ; l'Américain Charles Goodyear découvre en 1840 la vulcanisation par le soufre. Enfin, la seconde moitié du XVIIIe siècle voit l'extraction de nouvelles matières naturelles et la synthèse de produits innovants (voir l'encadré).

Aujourd'hui, les colles naturelles plus ou moins transformées sont toujours utilisées, notamment dans les pays nordiques3. Ailleurs, elles sont combinées ou remplacées par des adhésifs synthétiques. Par le jeu des mélanges et des additifs des milliers de formulations naissent chaque jour. La colle a encore un bel avenir devant elle…


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Sommaire

à lire

Identification of Archaeological Adhesives Using Direct Inlet Electron Ionization Mass Spectrometry. Analytical Chemistry 74: 965-975. Regert M., Rolando C., 2002.

Investigating the history of prehistoric glues through gas chromatography - mass spectrometry. Journal of Separation Science. 27:244-254. Regert, M., 2004.

Contact

Martine Regert
Laboratoire du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF)
CNRS–Ministère de la culture et de la communication
Tél. : +33 (0)1 40 20 68 57
Mél : martine.regert@culture.fr

Consulter le site web
C2RMF

Michel Barquins
Laboratoire de physique et mécanique des milieux hétérogènes (PMMH)
CNRS-ESPCI
Tél. : +33 (0)1 40 79 47 17
Mél : michel.barquins@espci.fr

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Le collage : un moyen ancestral, moderne et durable

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