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Par ailleurs, sur un plan plus conceptuel, la construction de l'Europe, parce qu'elle constitue de loin le plus ambitieux et le plus exhaustif des projets régionaux formulés dans le monde, est un phénomène politique unique. En ce sens, elle représente, au moins potentiellement, un modèle de relations internationales. Par exemple, et en particulier, le principe de souveraineté partagée, même dans une acception limitée, donne au projet régional européen un caractère d'alternative dans le contexte d'une scène mondiale que domine l'approche dite « réaliste » (obéissant à la loi du rapport de force) de la gestion des conflits. Même les tenants de la gouvernance globale, relégués au second plan depuis deux ans, qui défendent la notion de problèmes communs à une majorité de pays de la planète, ne vont pas jusqu'à proposer la mise en partage des ressources politico-économiques pour gérer ceux-ci.
Durant la décennie 1990, qui a vu la signature du traité de Maastricht*, ont également été conclus d'importants accords régionaux, notamment l'ALENA et le Mercosur en Amérique du Nord et du Sud respectivement, ou encore l'APEC en Asie orientale. Ce régionalisme à l'échelle du monde a évolué en dix ans – certaines coopérations, telle l'APEC, se sont essoufflées – mais il n'a pas disparu : en témoigne le développement du dialogue ASEAN+3 (Asie du Sud-Est, Chine, Japon et Corée du Sud) depuis 1997.
La question du modèle européen – avec ses notions propres, comme la puissance civile ou la parité des états –, reste donc d'actualité. Peut-être d'autant plus que la coopération régionale apparaît, au détriment de la gouvernance mondiale, comme le seul autre mode tangible de gestion des relations internationales face à la nouvelle prédominance de la realpolitik.
Karoline Postel-Vinay
Centre d'études et de recherches internationales (CERI)
CNRS-FNSP
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