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L'ethnologie ne s'intéresse pas seulement aux sociétés dites traditionnelles. En témoignent les activités du Laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS), centrées sur les problématiques européennes. Créé en 1995, ce laboratoire a vu le jour suite aux recherches pionnières menées par Marc Abélès et Irène Bellier2 sur la vie quotidienne au Parlement européen* et à la Commission européenne*. Il regroupe aujourd'hui des ethnologues, des socio-logues et des historiens qui se rallient à la démarche qualitative de l'anthropologie. L'un des grands axes de recherche du LAIOS, l'élargissement européen, suscite beaucoup d'intérêt car c'est la question de l'Autre, du non-européen qu'il s'agit aujourd'hui de trancher. Le cas de la Turquie, et le débat auquel il donne lieu, sont à cet égard symptomatiques.
Saisir les limites de la cohésion européenne
Élargir l'Union européenne (UE) aux pays d'Europe de l'Est et d'Europe centrale suppose que ces pays acceptent la rigueur européenne sur un certain nombre de points : économie, concurrence, agriculture, industrie, infrastructures, etc. Or chaque pays a son identité, sa culture politique et administrative, ses manières de travailler. Lorsque les administrateurs et délégués des pays de l'Europe de l'Est travaillent avec Bruxelles, les décalages naissent inévitablement. Ces décalages sont très ins-tructifs pour l'ethnologue. Ils lui permettent de comprendre les tensions qui s'y nouent, les représentations que les multiples fonctionnaires se font de l'identité européenne, ainsi que les limites de la cohésion européenne. Dans cette optique, Birgit Müller2 s'est intéressée à l'intégration des délégués des pays de l'Europe de l'Est au sein du Conseil de l'Europe et aux modalités d'apprentissage dans les bureaux de l'UE. Elle a ainsi pu constater l'inégalité des rapports entre les différents types de fonctionnaires. Pour Bruxelles, l'élargissement accomplit deux desseins : retrouver les « frères historiques » et apprendre les règles du jeu aux « cousins » pour qu'ils deviennent membres du club. D'où l'importance des explications, de la formation et de l'imprégnation idéologique. À l'inverse, pour les responsables des pays candidats à l'adhésion, l'importance de la restauration du dialogue entre « frères séparés » est toute relative par rapport aux négociations de l'adhésion. C'est ce qu'a constaté Irène Bellier, en approfondissant son étude sur les institutions, dans les bureaux de la direction générale chargée de l'élargissement de l'UE. Mais comme les candidats sont invités à adopter des règles du jeu sans les remettre préalablement en cause, se pose alors la question des représentations que les différents partenaires se font de l'« Union » et du « dialogue politique ».
Comprendre les répercussions de l'élargissement au niveau local
La manière dont est vécue l'approche de l'élargissement de l'Europe au sein des pays concernés est un deuxième axe de recherche de l'observatoire. Sous l'impulsion de Jean-François Gossiaux2, des investigations ont été menées sur le thème de l'altérité en République tchèque, Bulgarie et Bosnie, chaque pays correspondant à un stade différent du processus d'adhésion à l'Union européenne. Birgit Müller a porté son attention sur les organisations non-gouvernementales (ONG) environnementa-listes de la République tchèque, nouveaux bastions des résistances à la politique dominante. Quant à Sophie Chevalier2, elle a choisi d'analyser les dynamiques économiques, en étudiant les programmes de microcrédits au développement pour les petites et moyennes entreprises en Bulgarie.
Un certain nombre de constantes se sont dégagées des observations des uns et des autres. Tout d'abord, la prégnance d'un rapport inégal. Ce dernier s'exprime au niveau de l'apprentissage de l'économie de marché, des attentes de l'Europe et de la société civile, mais aussi via la légitimation qu'offre l'Europe. D'autre part, le rôle central joué par les ONG qui se trouvent investies dans les processus en cours d'une dignité institutionnelle inédite. « L'argent de l'Europe » est le dernier dénominateur commun. Il est le principe organisateur de tout projet et de toute action. L'observatoire a lancé pour la période 2003-2006 de nouveaux thèmes de recherche : les enjeux territoriaux et la reconfiguration de la mémoire collective.
Marc Abélès
Directeur du LAIOS
Tél. : 01 49 54 21 98
Mél : mabeles@msh-paris.fr
ou laios@msh-paris.fr
Consulter le site web :
laios.msh-paris