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La politique monétaire au sein de l'Union économique et monétaire

Vers un renouvellement des problématiques de recherche en Europe

Euro sur fond de symbolique européenne.

Les décisions de politique monétaire ont pris en Europe une dimension qu'il était difficile d'anticiper il y a quelques années. La politique monétaire apparaît aujourd'hui comme le principal outil de stabilisation dont disposent les autorités économiques à l'échelle de la zone euro. Une situation sans précédent.

Timbre Euro

© Musée de la Poste


La politique monétaire de l'Euroland
La situation actuelle de la politique monétaire européenne est originale, notamment si on la compare avec la configuration qui prévalait au sein du Système monétaire européen1 au début des années 1990 où l'arme monétaire était pour le moins contrainte par l'objectif de change. Cette situation contraste aussi avec les contraintes pesant, dans l'Union économique et monétaire (UEM), sur l'utilisation de la politique budgétaire à des fins conjoncturelles dans un souci de respect des règles de solvabilité imposées par le Pacte de stabilité et de croissance2.
Parce que la politique monétaire est devenue un vecteur d'intervention économique privilégié dans l'Euroland, son usage a été dès le départ l'objet d'une attention soutenue de la part des économistes européens. Le succès pris par le passage à l'euro fiduciaire en janvier 2002 a forgé la conviction qu'un changement de régime se produisait en Europe sur le plan du fonctionnement des économies comme sur celui de leurs modes de régulation. La pratique de la politique monétaire par la Banque centrale européenne (BCE)* a également suscité nombre de commentaires dans la communauté scientifique alors que de nouvelles problématiques sont apparues concernant l'orientation et la conduite de ces politiques au sein des économies occidentales. La zone euro conserve toutefois dans ce domaine des particularités qui retiennent l'attention des économistes et sont des voies d'analyse fructueuses au sein des services de recherche des Banques centrales et d'organismes publics nationaux tels que le CNRS. Deux d'entre elles sont ici mentionnées plus spécifiquement.

Des canaux de transmission hétérogènes
En premier lieu, se pose la question des canaux de transmission de la politique monétaire au sein de l'UEM. Déjà difficiles à identifier au sein d'une économie, ils paraissent devoir être hétérogènes si on les compare d'un pays à l'autre au niveau de la zone euro. Compte tenu des structures d'endettement différentes des agents privés (consommateurs, investisseurs) et aussi de l'architecture des systèmes bancaires et financiers nationaux, il est très probable que les décisions prises de manière unifiée dans la zone aient des effets distincts dans les différents pays membres, ce qui se traduira à court terme par une dispersion des évolutions conjoncturelles de l'activité économique et de l'inflation.
Comment la BCE doit-elle intégrer cette hétérogénéité dans l'élaboration de sa politique ? Sans doute en tenant compte dans son processus de décision des informations économiques nationales et non pas uniquement des données économiques agrégées au niveau de la zone euro. De plus, sur le moyen terme, le basculement dans l'UEM aura des répercussions sur le comportement des citoyens européens en matière de dépense, de fixation des prix ou de détention de liquidité, et, de fait, les Banques centrales membres de l'Eurosystème ne peuvent pas entièrement s'appuyer sur leur connaissance des économies nationales et des relations macroéconomiques qui y prévalaient pour déterminer une stratégie monétaire « optimale » pour l'Euroland. Une zone d'incertitude prévaut donc sur ce plan, qui doit être prise en compte par l'autorité monétaire européenne. à plus long terme, la question de l'élargissement risque d'exacerber ce problème, d'autant plus que la viabilité de la zone euro dépendra, entre autres, de sa capacité à intégrer de nouveaux membres aux structures économiques divergentes.

Quelle communication pour la Banque centrale européenne ?
Le deuxième enjeu a trait à la stratégie de communication de la Banque centrale européenne. Des travaux sur le degré de transparence dont doit faire preuve une Banque centrale montrent que la communication est le pendant indispensable de la délégation du pouvoir monétaire à une institution indépendante. La BCE étant l'une des Banques centrales les plus indépendantes du monde, elle devrait satisfaire à des exigences de responsabilité. La structuration institutionnelle de l'Euroland et les marges d'interprétation prévalant sur les questions monétaires dans le traité de Maastricht* ont, de l'avis de la plupart des économistes, conduit à une situation sous-optimale du point de vue de la transparence de la BCE.
Reste à trouver des voies plus adéquates par lesquelles la BCE pourrait rendre compte de sa politique, et donc à déterminer une méthode claire en matière d'annonce et d'explication des actions monétaires entreprises. Cela pourrait passer par un réaménagement du cadre dans lequel la stratégie monétaire officiellement suivie par la BCE est actuellement définie. L'institution européenne serait alors incitée à diffuser de manière crédible des informations sur la politique poursuivie.


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Contact

Marc-Alexandre Senegas
Professeur à l'Université Montesquieu-Bordeaux 4
Groupe de recherche en analyse et politique économiques (GRAPE)
CNRS-Université Bordeaux 4
Tél. : 05 56 84 86 06
Mél : senegas@monstesquieu.u-bordeaux.fr

Consulter le site web :
grape.montesquieu.u-bordeaux

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