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Attention article publié avant décembre 2005

Traitement de la guerre par les médias, guerre et déontologie

La guerre du Golfe en 1991 a marqué une rupture considérable dans l'histoire de l'information, particulièrement dans celle de l'information en images. Pour la première fois, un certain nombre d'événements ont été vus en direct à la télévision. Dominique Wolton, sociologue, directeur du laboratoire « Information, communication, enjeux scientifiques » au CNRS et directeur de la revue Hermès, a mené une « recherche en direct » sur ce phénomène.

Après analyse du traitement de l'information pendant la guerre du Golfe, pensez-vous que la « guerre en direct » soit possible ?
Dominique Wolton. Il faut rester très vigilant quant à la notion de « guerre en direct ». Les journalistes ont d'ailleurs compris pendant la guerre du Golfe qu'elle ne serait pas possible lorsqu'ils se sont aperçus que leur travail était réglementé par un pool d'information géré par les Américains. Dans le terme de « guerre en direct », il faut dégager deux notions, celle d'espace et celle de temps. Pendant la guerre du Golfe et encore aujourd'hui, dans les journaux télévisés, la tendance est aux envoyés spéciaux. Ceux-ci donnent une illusion de réel, et laissent penser aux téléspectateurs que leur présence sur place est une preuve d'authenticité. Dans la notion de direct, il faut aussi détacher la notion d'instantanéité. Les journaux télévisés veulent traiter l'information tout de suite et, à la différence des magazines, ils ne prennent pas le temps de « réfléchir », de replacer l'événement dans son contexte. Pourtant, l'information se voulant universelle, est interprétée différemment selon l'espace culturel dans laquelle elle est reçue. Pendant la guerre du Golfe, elle a été perçue par les pays du Tiers-monde comme domination.

On a parlé pendant cette guerre de « diplomatie médiatique », qu'entend-on par là ?
D.W.
La guerre du Vietnam était une guerre très médiatisée, les images de télévision y ont même joué un rôle essentiel dans la défaite américaine. En Irak, les journalistes ont eu le sentiment qu'ils pourraient aussi y jouer un rôle. Mais les Américains les en ont empêchés. Pourtant, pendant les négociations, les médias ont eu une fonction de médiateurs entre les deux camps, George Bush et Sadam Hussein s'envoyant des cassettes. Ils ont donc voulu continuer à être un acteur intermédiaire, en restant le plus neutre possible. Mais cette neutralité ne peut pas exister. En temps de guerre, les médias, la plupart du temps, se calent sur les points de vue des États. Cela a toujours été comme cela. Avec la mondialisation de l'information, cela devient plus compliqué parce que celle-ci est reçue dans tous les cas. Si, pendant la guerre du Golfe (1991) l'essentiel de l'information était occidental, on constate un changement avec la guerre d'Irak (2003). Il y a eu trois pôles d'information : la coalition (les journalistes « embarqués »), les médias occidentaux qui n'étaient pas de la coalition (dont la France, l'Allemagne, la Russie, le Canada…) et trois chaînes d'information arabes.

Y a-t-il eu un triomphe de l'information ?
D.W.
La première impression est celle d'un triomphe de l'information, avec beaucoup d'informations, beaucoup d'images etc. Mais la quantité d'informations, n'apporte pas forcément une bonne qualité. De plus dans cette notion de quantité, il faut ajouter rapidité, direct, or il est nécessaire d'avoir de la distanciation pour faire de la bonne information.
Par ailleurs, pour la première fois pendant cette guerre, on s'est aperçu d'une forme d'« incompétence » des journalistes, plutôt habitués à dénoncer celle des autres. En effet, il est apparu que celui qui délivrait l'information, qui se croyait au-dessus des autres, bien qu'étant sur le terrain, n'était finalement pas informé.

L'attentat du 11 septembre 2001, pendant lequel les événements ont été suivis en direct, n'a-t-il pas entraîné des changements dans le traitement de l'information ?
D.W.
Oui, dans la mesure où la mondialisation de l'information a renforcé les deux positions en présence : haine des U.S.A., soutien aux U.S.A. Cela montre que les stratégies de communication sont directement intégrées par les terroristes. Mais finalement, c'est une forme sophistiquée de la propagande qui a toujours existé. Simplement, le changement d'échelle créé un changement de nature. Cela oblige beaucoup plus les médias à une réflexion critique sur leur rôle et responsabilité. Il ne suffit plus d'informer le plus vite possible, au nom de la concurrence et du « droit de savoir », il faut réfléchir au moyen de résister à une forme d'hystérisation de l'événement. Les journalistes ne peuvent échapper à une réflexion critique sur leur nouveau rôle dans la mondialisation de l'information sous peine d'être instrumentalisés par les techniques et les intérêts politiques. Ici, être un contre-pouvoir, c'est inventer une autre déontologie de l'information.


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à lire

« Espaces publics en images », revue Hermès n°13-14, CNRS ÉDITIONS

Contact

Dominique Wolton
Laboratoire « Information, communication, enjeux scientifiques »
CNRS
Tél. : + 33(0)1 44 16 73 68
Mél : Dominique.Wolton@damesme.cnrs.fr

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