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La mémoire retrouvée des « hommes-silence »

« On ne se guérit pas de la guerre d'Algérie… ». Cette phrase, depuis bientôt dix ans qu'il s'emploie à collecter les témoignages des officiers d'active, des professionnels sous contrat1 et des hommes du contingent2 ayant combattu en Algérie entre 1954 et 1962, Jean-Charles Jauffret, professeur à l'Institut d'études politiques (IEP) d'Aix-en-Provence, n'a cessé de l'entendre3.

Mais pourquoi tisonner obstinément les cendres du souvenir, écumer les archives départementales et privées à la recherche de carnets personnels, de livrets militaires, de lettres, de photos, etc. ? Parce que « chaque génération du feu a ses propres caractéristiques », explique-t-il, qu'il n'existe pas une, mais « des guerres d'Algérie » et que l'Homo bellicus algerianus, « homme mémoire » d'un conflit perdu, trop longtemps réduit au statut d'« homme-silence », n'existe qu'en « pièces détachées ».
Réalisée avec le concours d'étudiants en maîtrise, l'enquête a permis, à partir d'un formulaire de 152 questions, d'interroger déjà 590 hommes du contingent (auxquels s'ajoutent 210 témoignages recueillis par Jean-Charles Jauffret). Où l'on découvre que 78 % de ces témoins, issus de toutes les couches sociales, jugent favorablement le comportement de leur supérieur hiérarchique avec eux, ce qui infirme tout  rapprochement « avec la guerre du Vietnam où les cadres de l'armée américaine ont subi force critiques ».
Impossible, pour autant, en l'absence de front et devant la très grande diversité des expériences, de faire émerger une mémoire commune de ce « continent-contingent » : quel point commun entre un « brav' petit gars » forcé de crapahuter des mois durant dans les djebels de Grande Kabylie et celui qui aura goûté à Oran « le calme d'une vie de garnison » ? Les témoignages (cf. Pour en savoir plus) mettent en évidence une mémoire éclatée, très éloignée de la mémoire collective des soldats de 1914-1918. Quant au monde plutôt hermétique des officiers d'active, se manifestent avec le recul une grande réticence vis-à-vis des questionnements du scientifique, un exceptionnel esprit de corps, un respect indéfectible du culte de l'armée, un ressentiment à l'endroit de la Grande Zohra (le général de Gaulle). Des hommes-mémoires qui restent marqués par une succession d'expériences souvent douloureuses, des interrogations encore lancinantes. Plus de quarante ans après les faits, le mot d'ordre est toujours de « ne pas oublier, même lorsqu'on reste muets…».


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à lire

Soldats en Algérie, 1954-1962 : expériences contrastées des hommes du contingent. Jean-Charles Jauffret.
(Revue Autrement, novembre 2001).

Des hommes et des femmes en guerre d'Algérie.
Ouvrage dirigé par Jean-Charles Jauffret.
(Revue Autrement, novembre 2003).

Contact

Jean-Charles Jauffret
IEP d'Aix-en-Provence
États, sociétés, idéologies, défense (ESID)
CNRS-Université Montpellier 3
Tél. : +33 (0)4 42 17 01 87 (mercredi-jeudi-vendredi)
Mél :
jean-charles.jauffret@iep-aix.fr

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ESID

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