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Attention article publié avant décembre 2005

Débat sur la violence d'État

Maître de conférence en histoire contemporaine à l'université Rennes 2, Raphaëlle Branche est également associée à l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS) et chercheuse au Centre de recherches historiques sur les sociétés et cultures de l'ouest européen (CRHISCO). Elle a publié en 2001 « La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie ».

Vous avez beaucoup travaillé sur la violence et la guerre. Et, plus particulièrement sur la torture. Notez-vous une évolution de la manière dont sont perçues ces problématiques, notamment depuis la reconnaissance officielle des « événements d'Algérie » en 1999 ?
Raphaëlle Branche
. La reconnaissance officielle de la guerre en Algérie n'a pas conduit à une modification du discours officiel sur la pratique de la torture pendant cette guerre. Alors qu'elle fut utilisée au sein d'un système de répression dont elle constituait un élément central, elle est toujours rapportée à des dérives d'éléments minoritaires ! Ceci dit, indépendamment du discours des plus hautes autorités de l'État, il me semble que la reconnaissance de cette pratique et de sa place dans la guerre est de plus en plus nette dans l'opinion publique, surtout depuis, précisément, qu'un débat public a eu lieu sur cette question en 2000 et 2001.

Dans votre thèse sur « la torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie », vous développez l'idée selon laquelle les techniques des tortionnaires ont  « naturellement » prospéré sur le terreau de plus d'un siècle de colonisation, pouvez-vous préciser votre pensée ?
R. B. La pratique de la torture pendant la guerre en Algérie a au moins deux origines : le terreau colonial propre à l'Algérie (la torture y était utilisée par la police dans le cadre du maintien de l'ordre colonial et en dehors des cas d'affrontements armés) et un terreau plus spécifiquement militaire avec le poids de l'armée coloniale et de l'expérience indochinoise en particulier qui conduisit l'État-Major à interpréter la guerre selon des grilles issues du conflit précédent.

Quel regard l'historienne que vous êtes porte-t-elle sur les actes terroristes du 11 mars 2004 en Espagne ? Quelle place accordez-vous à ces actes de violence dans « l'histoire de la violence d'État » que vous avez entreprise ?
R. B.
Le terrorisme a connu différentes incarnations historiques et différentes finalités. Pour mon travail centré sur la violence d'État, le terrorisme a été celui de l'État choisissant de pratiquer la terreur envers une partie de la population de l'Algérie coloniale à des fins politiques. D'autres acteurs de la guerre ont aussi eu recours au terrorisme, au premier rang desquels le FLN mais aussi des européens activistes puis l'OAS. Le terrorisme du FLN peut être interprété dans une stratégie globale de conquête du pouvoir et de déstabilisation du pouvoir colonial : il s'agissait à la fois de montrer sa force aux autorités françaises et de s'installer comme le seul pouvoir possible vis-à-vis de la population algérienne. C'est finalement en tant que discours (avec sa grammaire, son vocabulaire, ses temps) que le terrorisme a pu alors m'intéresser. La dimension spectaculaire étant une des dimensions essentielles de cette violence, elle doit toujours être prise en compte dans l'étude de ces crimes. Les récents attentats de Madrid le confirment encore.


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à lire

La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie. Raphaëlle Branche, éd.Gallimard.

Contact

Raphaëlle Branche
Centre de recherches historiques sur les sociétés et cultures de l'ouest européen (CRHISCO)
CNRS-Université Rennes 2
Mél : raphaell@club-internet.fr

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CRHISCO

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