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Cinquante mille militaires de vingt-cinq nations, formant cinq brigades multinationales, se sont installés dans les cinq régions militaires du Kosovo1. Ils étaient armés de toute la panoplie de combat, depuis les blindés lourds jusqu'aux hélicoptères, en passant par l'armement individuel et le matériel du génie. En effet, il a fallu faire face aux mines laissées par les forces serbes en retraite, empêcher que ces forces puissent encore sévir mais aussi qu'elles soient harcelées par l'UCK2.
Plus tard il a fallu certes protéger le Kosovo contre les conséquences des rébellions albanaises au sud de la Serbie et au nord de la Macédoine, mais surtout contre lui-même, face à la tentation de la guerre civile : l'exemple de la ville de Mitrovitsa3 reste dans les mémoires.
Pour y parvenir, la KFOR a d'abord utilisé la dissuasion passive, par une présence massive et un quadrillage systématique du pays : enclaves serbes transformées en places fortes ; églises orthodoxes protégées par des blindés ; patrouilles armées... Ce qui n'a pas empêché des manifestations violentes, notamment à Mitrovitsa. Comme il était impensable d'ouvrir le feu, il a fallu que les forces de combat apprennent les techniques de « contrôle des foules », et que des unités de gendarmerie viennent les renforcer.
Pour éviter le risque d'une insurrection armée ou d'actions de guérilla, la KFOR a associé une politique systématique de renseignement et des recherches systématiques de stocks d'armes. Enfin, il a fallu aussi créer un climat favorable, une certaine sympathie envers les militaires : c'est l'objectif de l'action civilo-militaire, qui aide les populations face aux difficultés quotidiennes et contribue à la reconstruction du pays, au maintien de sa pluri-ethnicité.
Il reste aujourd'hui au Kosovo environ 20 000 militaires de la KFOR. L'exemple de ce pays montre l'importance des missions de stabilisation qui peuvent être menées après une guerre par des forces terrestres multinationales.
Jacques Aben s'est intéressé à d'autres pays confrontés à la guerre, menant notamment des recherches sur les sorties de crises afghane et irakienne.
1/ Ces cinq brigades, sous commandements allemand, américain, britannique, français et italien, composent la KFOR, force internationale de sécurité au Kosovo.
2/ UCK : armée de libération du Kosovo créée en 1995, après les accords de Dayton.
3/ La ville est frontière entre une zone à dominante albanaise et une autre à dominante serbe.
Les nouvelles missions de stabilisation des forces terrestres après une guerre : les leçons du Kosovo, Jacques Aben. in Défense et Stratégie (Observatoire européen de sécurité, Université Paris 1) n°9, avril 2004.
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Défense et Stratégie
Jacques Aben
Professeur à l'Université Montpellier 1
États, sociétés, idéologies, défense (ESID)
CNRS-Université Montpellier 3
Tél. : +33 (0)4 67 15 83 89
Mél :
jacques.aben@univ-montp1.fr
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ESID
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Ce texte a été rédigé avant les événements de mars 2004 au Kosovo.