
Ethnologie et Cinéma
Un moment de détente après les tâches ménagères du matin. Au fond, une tenture faite de molas usagées pour protéger du vent et de la poussière qui traverse les murs en cannes de roseau.
© Photos CNRS/M. Perrin
C'est à quelques encablures du canal de Panama que se trouve la Terre Kuna. Sur près de 300 kilomètres au large de la côte atlantique de l'isthme panaméen, s'égrène un long chapelet de minuscules îlots coralliens : l'archipel des San Blas. Là, vivent la plupart des Indiens kuna, dans des huttes serrées les unes contre les autres, entre d'un côté l'océan et de l'autre le lagon turquoise qui les sépare de la terre. Au loin, au pied de la cordillère, on distingue la jungle et les plantations. Des pirogues effilées sillonnent le lagon et conduisent quotidiennement les hommes vers les terres où ils effectuent les tâches agricoles. Pendant ce temps, les Indiennes kuna confectionnent les molas, ces tissus multicolores qui forment le devant et l'arrière de leurs corsages (voir encadré). Il s'agit là de véritables chefs-d'œuvre d'un art traditionnel amérindien vieux d'un siècle. Ce qui frappe, c'est la qualité esthétique des étoffes et l'inventivité créatrice des femmes kuna. Aujourd'hui vendues aux touristes, ces pièces d'art restent convoitées par les collectionneurs et sont même exposées dans plusieurs musées d'Amérique et d'Europe.

© Photos CNRS/M. Perrin
Mola du Démon qui enlève un humain. Certains y reconnaissent un saint géant, héros d'une émission de télévision diffusée à Panama.

© Photos CNRS/M. Perrin
« Mola de la scie à moteur » ou « de la machine à couper le bois de pirogue ». Cette mola moderne représente une tronçonneuse, un outil utilisé depuis peu dans les îles.

© Photos CNRS/M. Perrin
Trois Indiennes kuna à l'entrée de la hutte familiale. En plus des molas qu'elles portent
en corsage, les femmes se parent traditionnellement d'un châle rouge et or, d'un anneau d'or et de colliers de fines perles qui entourent leurs chevilles et leurs poignets. L'une d'elles recopie une mola
que sa voisine lui a apportée.

© Photos CNRS/M. Perrin
« Mola du jaguar poursuivant la lune ». Le jaguar volant est l'un des démons faisant partie
de l'imaginaire kuna.

© Photos CNRS/M. Perrin
« Mola de la langouste ». Les eaux du lagon regorgent de poissons et de crustacés.

© Photos CNRS/M. Perrin
Pirogue remplie de femmes revenant de la jungle située de l'autre côté du lagon, où elles ont aidé aux tâches agricoles. Les molas qu'elles portent sont dites « de travail », à motifs géométriques. Le glissement des pirogues sur l'eau constitue une sorte de leitmotiv dans le film.
Sandrine Nouet
1. Chercheur au Laboratoire d'anthropologie
sociale au Collège de France.
2. Avec l'appui de CNRS-Images-Média.
3. Le film est provisoirement intitulé Tableaux kuna, comme le livre qu'a publié Michel Perrin en 1998 (3e éd. 2001).
Michel Perrin
Laboratoire d'anthropologie sociale
Collège de France, Paris
Tél. : 01 44 27 17 47
michel.perrin@college-de-france.fr