
Géographe
Luc Gwiazdzinski, géographe
© DR
En polonais, son nom désigne « celui qui vient des étoiles » et, presque comme une évidence, Luc Gwiazdzinski – appelez-le simplement Luc – est depuis toujours fasciné par le monde de la nuit. Devenu chercheur, ce géographe, vif et volubile, est en quelque sorte le spécialiste de la nuit urbaine. « La nuit concentre les angoisses et les tensions de la société, fait-il remarquer. Elle est à la fois perçue comme le théâtre de l'insécurité et de toutes les libertés. » Comment des études en géographie l'ont-elles conduit à explorer cet univers ? Étudiant à Nancy dans les années 1990, Luc G. travaille d'abord sur « l'aménagement des territoires transfrontaliers ». Plus tard, il s'intéresse à d'autres frontières : les barrières matérielles ou mentales qui conditionnent nos déplacements dans la ville. « À mesure que nous bougeons, nous rencontrons des éléments urbains que nous percevons différemment au fil de la journée, précise-t-il. Par exemple, un parc sera attractif le jour et répulsif la nuit. » Ses travaux universitaires l'emmènent rapidement à ses premiers emplois : cartographe, directeur adjoint de l'Agence de développement économique du Bas-Rhin. Parallèlement, la poursuite de ses études en DEA, puis en doctorat, le conduit à placer le temps, et plus particulièrement la nuit, « dimension oubliée de la ville avec ses habitants, ses règles, ses conflits… », au centre de ses recherches. Le cadre de sa thèse, qu'il finalisera au début des années 2000, est Strasbourg, ville dont il a décortiqué le fonctionnement service par service, commerce après commerce, rue après rue et ce, heure après heure, jour après jour. Il n'hésite pas à se poster 24 heures durant sur les ponts du centre-ville pour comptabiliser les passants. Résultat : une masse impressionnante de données qu'il synthétise, analyse et cartographie pour donner une vision en 3D et animée du fonctionnement urbain sur 24 heures.

© L. Gwiazdzinski/CNRS
La manifestation "Nuit Blanche", l'année dernière à Paris, est le parfait exemple d'une volonté de faire vivre la ville la nuit.
Fabrice Impériali
1. Direction à l'aménagement du territoire et à l'action régionale ; Institut national de recherche sur les transports et leurs sécurités.
2. En 2000, il répond à un appel à projets de la Datar sur le thème « Temps et territoires ». C'est à la suite de ces travaux qu'il propose le projet de cette structure permanente.
3. Luc Gwiazdzinski vient de publier La Ville 24 heures sur 24, 2003, Éditions de l'Aube.
Luc Gwiazdzinski
La Maison du temps et de la mobilité, Belfort.
Luc.gwiazdzinski@maisondutemps.asso.fr