
Écologie animale
Femelle adulte de vipère aspic.
© X. Bonnet/CNRS Photothèque
Pourquoi la vipère aspic italienne a-t-elle des petits plusieurs fois au cours de son existence alors que dans certaines régions de France, son homologue ne se reproduit qu'une seule et unique fois dans sa vie ? Un mystère auquel s'est attaqué Xavier Bonnet et son équipe au Laboratoire d'herpétologie du Centre d'études biologiques de Chizé. Là, au cœur de la forêt, prospère toute une faune de reptiles. Boas constrictors, vipères du Gabon, couleuvres et autres vipères aspic sont, ici, l'objet de toutes les attentions. La plupart du temps, les scientifiques s'intéressent à leur venin dont on peut extraire des composés actifs qui serviront à inventer de nouveaux médicaments. Xavier Bonnet, lui, a décidé de se consacrer à l'écologie et à la physiologie de ces animaux. Et de résoudre l'énigme de leur reproduction. « Nous voulions comprendre ce qui contrôle la fréquence de leur reproduction, explique le chercheur. Nous avons pour cela choisi comme modèle la vipère aspic. » Des théoriciens l'avaient prédit : la reproduction serait déclenchée lorsque la femelle a accumulé une certaine quantité de réserves énergétiques. Dès que le seuil est franchi, elle entreprend sa reproduction. Restait à le vérifier puis à comprendre pourquoi. « D'abord, explique le chercheur, nous avons dû déterminer à quel moment l'animal puise dans ses réserves pour se reproduire. La réponse : au mois de mars. Comment le sait-on ? D'une part, des analyses ont permis de mesurer la quantité d'hormones et de métabolites présents dans son sang, indicateurs directs du déclenchement de la reproduction. D'autre part, l'imagerie médicale1 – une première dans ce domaine – nous a permis de suivre la croissance des follicules ovariens en fonction de la consommation des réserves. » Sur le terrain, les chercheurs ont capturé quelque 500 femelles, ils les ont marquées, puis leur ont fait subir un ensemble d'analyses avant de les relâcher dans la nature. Quelques mois plus tard, les scientifiques sont repartis à la chasse aux vipères marquées en séparant celles qui s'étaient reproduites des autres.

© X. Bonnet/CNRS Photothèque
Au centre de l'image, un embryon de vipère aspic (tête vers le haut et queue spiralée vers le bas).
Stéphanie Belaud
1. Travaux réalisés en collaboration avec l'unité Inserm 316 de Tours.
Xavier Bonnet
Centre d'études biologiques de Chizé
bonnet@cebc.cnrs.fr