
Hydrogéologie
Source de la Mortola au large de Menton
© Nymphea Water
Au milieu de l'étang de Thau, près de Sète, le catamaran affublé d'un caisson d'électronique balaye la surface dans un périmètre bien délimité. Bruno Jouvencel, chercheur au Laboratoire d'informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier commente : « Nous avons installé à l'intérieur du caisson des capteurs pour mesurer la salinité et la température de l'eau. Un sonar latéral nous permettra de réaliser des images acoustiques sous l'eau et un loch Doppler1 de mesurer des vitesses de déplacement dans l'eau. » Derrière ces tout premiers tests, se cache un projet d'envergure : percer les secrets des sources d'eau douce en mer. « Par ces essais préliminaires, menés sur l'étang de Thau, nous voulons vérifier que ce matériel embarqué sera capable de fournir les données que nous attendons sur la source de la Vise, un panache d'eau douce qui surgit au beau milieu de cette étendue d'eau salée », poursuit le chercheur. Bruno Jouvencel et l'hydrogéologue Michel Bakalowicz se sont rencontrés sur ce site, il y quatre ans. Chercheur en robotique mobile, Bruno Jouvencel y testait un prototype de robot sous-marin. Michel Bakalowicz du Laboratoire Hydrosciences de Montpellier était venu observer cette source atypique. « Pour l'étudier, il fallait avoir un bateau et pouvoir travailler quel que soit le temps », commente le chercheur. Le spécialiste des robots sous-marins tombait à pic. Bruno Jouvencel et l'hydrogéologue décident ainsi d'associer leurs compétences et lancent le projet Panache. Objectif : développer un AUV (Autonomous Underwater Vehicle), un robot sous-marin autonome auquel les capteurs et instruments du caisson sont destinés, afin de recueillir des données au cœur même de ces sources. Le projet compte aujourd'hui une quinzaine de personnes – scientifiques et industriels2 – dont l'objectif est de développer l'automate qui pourra reconnaître tout panache d'eau douce, le localiser, le cartographier et fournirdes mesures en continu, quelles que soient les conditions météorologiques. Des mesures qui serviront notamment à évaluer le débit de la source. Pour l'heure, le robot est en construction. Les instruments de mesure devraient prendre place dans l'habitacle en septembre et l'ensemble des essais devraient avoir lieu cet hiver sur la source de la Vise, puis quelques mois plus tard sur la source de la Mortola, cette même source où ont été réalisés avec succès, le 23 juillet dernier, les essais de récupération d'eau douce par un dispositif de captage mis au point par la société Nymphea Water.

© Nymphea Water
Un des premiers prototypes de captage d'eau douce en mer, développé par la société Nymphea Water.
Pouvoir capter cette eau en mer semble être une solution d'avenir à condition qu'on ait au préalable les connaissances nécessaires pour ne pas perturber de façon irréversible ce système hydrogéologique naturel. L'enjeu de ces travaux est donc de taille.
Stéphanie Belaud
1. Appareil de mesure de la vitesse de mobiles, utilisant l'effet Doppler. Il permet de représenter le champ des vitesses des écoulements sous-marins.
2. Laboratoire Hydrosciences de Montpellier, Laboratoire d'informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM/Eau-unité RMD Montpellier), le Centre d'études techniques maritimes et fluviales (Cetmef) de Compiègne et la société Hytec de Montpellier, spécialisée dans la conception de robots sous-marins.
Ce projet est financé par le ministère de la Recherche et l'Anvar.
Michel Bakalowicz
Laboratoire Hydrosciences, Montpellier
Michel.Bakalowicz@msem.univ-montp2.fr