
Aide à la création d'entreprises
© H. Raguet/CNRS Photothèque
Pouvez-vous nous donner quelques détails sur le projet qui vous a permis de décrocher cette récompense ?
La société que je souhaite créer proposera un ensemble de services à des chercheurs ou à des industriels afin de les aider à faire sortir leurs projets des laboratoires. À terme, pour chaque projet, nous pourrons réunir une série d'instruments et bâtir à la demande, comme on le ferait avec un Meccano, des bancs de mesures ou de tests ou même des prototypes électroniques. L'objectif est d'ajouter un crédit scientifique et technique à ces projets pour en faciliter le transfert vers l'industrie. C'est ce que j'appelle une plate-forme de valorisation scientifique.
Vous avez, bien sûr, déjà une idée des projets que vous serez susceptibles d'accueillir au sein de cette plate-forme ?
Oui, le premier projet me tient particulièrement à cœur puisqu'il s'agit de valoriser un instrument que j'ai développé au Laboratoire Satie dans le cadre de ma thèse. Cet instrument permet d'améliorer la connaissance des caractéristiques de matériaux ferro électriques et en particulier leur « effet mémoire ». C'est cet effet qui est mis à profit pour la réalisation de mémoires vives non volatiles, les FeRAM (Ferroelectric Random Access Memory). Des industriels comme Ramtron et Radiant Technologies aux États-Unis, Fujistu et Matsushita au Japon, entre autres, sont concernés. Par ailleurs, nous prospectons actuellement afin de définir au moins un autre projet à valoriser en 2004. Il pourrait s'agir d'un système de contrôle non destructif, mais nous sommes ouverts à toutes propositions !
Mais en quoi l'instrument que vous avez développé est-il supérieur aux autres ?
L'effet mémoire est à l'origine des cycles d'hystérésis ferro électriques – cette caractéristique qui dépend de l'histoire du champ électrique appliqué au sein du matériau – et introduit un comportement non linéaire fort complexe. Les instruments actuels permettent de mesurer ces cycles. Grâce à notre appareil, à partir de la mesure de grandeurs électriques particulières, nous pouvons en déduire tous les cycles2 et donc prévoir le comportement de tel ou tel matériau placé dans des conditions diverses. C'est donc un outil intéressant pour mieux comprendre et mieux modéliser les phénomènes liés à la ferro électricité.
Vous avez évidemment déposé des brevets ?
Un seul pour l'instant, qui protège le concept de cet instrument innovant dont les « inventeurs » sont Éric Labouré (maître de conférences à Satie) et moi-même. Quant au brevet, il est détenu par l'ENS de Cachan et le CNRS.
Ce prix est donc vraiment le bienvenu…
Bien sûr, il nous apporte une subvention de 45 000 euros et le suivi d'un chargé d'affaires de l'Anvar3 afin de créer une société – avant la fin de cette année j'espère – dans les meilleures conditions possibles. De plus l'École normale supérieure de Cachan est prête à l'accueillir dans ses locaux. Avec mes « coéquipiers » (Arnaud Mascarell, responsable commercial et Pierre-Yves Joubert, expert en instrumentation) nous allons, à court terme, acheter les outils de CAO (conception assistée par ordinateur) pour développer des cartes électroniques (analogiques et numériques). En parallèle, nous réfléchissons à la meilleure stratégie pour commercialiser notre premier instrument.
Propos recueillis par
Baudouin Eschapasse
1. Systèmes et applications des technologies de l'information et de l'énergie.
2. L'instrument permet de déterminer
expérimentalement et sans a priori la « densité de Preisach » d'un matériau. Elle peut alors être réutilisée pour calculer n'importe quel cycle d'hystérésis.
3. Agence nationale de valorisation de la recherche.
Lionel Cima
lionel.cima@satie.ens-cachan.fr