
Jacques Chirac a annoncé que d'ici 2010, les dépenses de recherche devront atteindre les 3 % du PIB, mesure étroitement liée au plan innovation. « Cet objectif est à la fois mobilisateur et ouvert. Mais pourquoi décréter, comme cela a été fait, que l'État doit donner 1 % et que c'est aux entreprises de faire le reste ? », s'exclamait déjà Jean-François Dehecq, président de l'Association nationale de la recherche technique (ANRT) lors d'un discours devant Jean-Pierre Raffarin en janvier dernier. Ceci mérite débat. Et c'est afin d'aider les décideurs à effectuer des choix stratégiques que l'ANRT réfléchit à travers l'opération FutuRIS qui s'étend sur deux ans (2003 et 2004), à ce que doit être la recherche de demain – horizon 2020. « Notre but, déclare Denis Randet, délégué général de l'ANRT, se donner les moyens de construire une stratégie concertée de recherche et d'innovation pour la France en Europe. Car les entreprises et les organismes scientifiques ont une vision différente de la recherche qui est actuellement en France, pilotée par moyens et non par résultats. Il faut donc décloisonner les disciplines, les secteurs et arriver à une vision et une ambition communes pour les différents partenaires. Tout en indiquant bien notre conviction : la croissance économique passe par l'indispensable couplage entre recherche et grandes entreprises ». Sans oublier, bien sûr la collaboration étroite avec les PME. L'opération a été proposée par Francis Mer, aujourd'hui ministre de l'Économie et des Finances, lorsque celui-ci présidait l'ANRT. Les premières propositions de FutuRIS1 feront l'objet d'un débat national en 2004. Elles tiendront compte de la demande sociale en matière de recherche. Différente de la demande académique, celle-ci exige des résultats à travers une réponse ou un produit créé par l'entreprise et elle est particulièrement forte dans le domaine de la santé. Cette demande sociale doit être un levier de la recherche et de l'innovation. « En effet, et elle doit passer avant la demande théorique que peuvent se fixer les chercheurs. Nous devons être capables d'arrêter une recherche lorsque nous tombons sur des verrous technologiques et de réorienter celle-ci dans le sens de la question posée par la société », déclare Alain Quévreux, chef du service « Europe » de l'ANRT, qui poursuit : « accroître en France les dépenses à 3 % ce ne peut être en aucun cas faire un peu plus la même chose. » Mais le véritable enjeu pour la recherche hexagonale, c'est l'Europe. Comment régir notre propre système de recherche et d'innovation technologique dans un vaste ensemble gouverné par les instances européennes ? La situation des différents systèmes de recherche du vieux continent est loin d'être homogène. Et il pourrait y avoir une concurrence déloyale entre États membres. Notamment, la Commission semble vouloir fédérer la recherche en réseaux financés au niveau national. Que se passera-t-il si certains pays ne peuvent financer leurs réseaux même s'ils sont reconnus excellents ? Au sein même de l'Europe, la France, comme les autres pays d'ailleurs, joue-t-elle la concurrence ou le partenariat ? Consacrer 3 % du PIB à la recherche ne résoudra pas tout, loin s'en faut. « Être capable d'attirer des moyens humains et des capitaux étrangers dans une spécialité où nous avons des compétences pourrait aussi être une partie de la réponse », conclut Alain Quévreux.
Stéphanie Bia
1. Le travail effectué dans le cadre de FutuRIS (recherche innovation société) a été fait sous la direction d'un comité de pilotage rassemblant pouvoirs publics, recherche (Geneviève Berger et Gérard Mégie représentent le CNRS) et enseignement, entreprises et société. La première année, une équipe-projet de quatre groupes
de travail se réunit une fois par mois : défis de l'excellence scientifique et technologique, défis de la compétitivité, défis de la citoyenneté de la science et de la technologie, comparaison internationale des systèmes.
Alain Quévreux, ANRT, service-europe@anrt-europe.com
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