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Société

Quoi de neuf chez les Français ?

Leur portrait vient de paraître ! Après une vaste enquête de deux ans,l'Institut national d'études démographiques (Ined) publie une étude sur l'identité individuelle dans l'Hexagone.

Quelques résultats avec deux sociologues du CNRS, coauteurs de l'étude.Français, qui êtes-vous ? Pour répondre à cette question et tirer le portrait de notre société, l'Ined a mené une enquête sur un échantillon d'environ 10 000 habitants de France métropolitaine, de 2003 à 2005, en collaboration avec l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Après analyse des questionnaires par une équipe d'une dizaine de chercheurs, dont plusieurs sociologues du CNRS, les résultats sont parus il y a quelques semaines sous forme d'un épais ouvrage intitulé En quête d'appartenances. Son intérêt ? Cette enquête va bien au-delà des habituelles statistiques qui se contentent de répertorier les individus à travers des catégories classiques qui collent à la peau : marié, célibataire, provincial, Parisien, etc. « C'est la première enquête qui prend en compte des données subjectives comme le ressenti des personnes », insiste Florence Maillochon, l'une des sociologues auteurs de l'ouvrage. Les catégories ne sont donc pas seulement définies par les observateurs, il s'agit aussi de montrer comment les gens se définissent eux-mêmes. Et comment ces identifications peuvent évoluer au cours de leur vie. Au final, l'enquête permet de cerner les multiples composantes de l'identité individuelle sur de nombreux registres : la relation au territoire, la famille, l'appartenance à une classe sociale, la conjugalité, l'activité professionnelle, l'engagement politique et religieux, les langues parlées, mais aussi le handicap ou la maladie.
Qu'en sort-il de neuf ? Les bouleversements sociaux du XXe siècle ont modifié en profondeur les références identitaires. Florence Maillochon, sociologue au Centre Maurice-Halbwachs1, s'est par exemple intéressée au couple. « Celui-ci participe désormais de manière beaucoup plus importante, pour les jeunes, au sentiment de se sentir adulte », explique-t-elle. Alors qu'il y a quelques décennies, la situation professionnelle régnait en maître dans ce registre. « Être ou non en couple est aussi devenu une caractéristique identitaire individuelle très puissante, alors qu'auparavant c'est surtout la conformité sociale sur le fait d'être marié ou non qui comptait. » En revanche, ceux qui ne sont pas en couple subissent une énorme pression de la société : être à deux est considéré comme préférable, voire plus normal. « Malgré la baisse de la pression religieuse notamment, notre société reste donc bien plus normative qu'on ne le croit », commente Florence Maillochon. Idem pour les inégalités entre hommes et femmes qui ont décidément la vie dure. Par exemple, être au chômage ou inactif divise par deux les chances d'être en couple stable pour les hommes. Tandis que cela multiplie par 1,5 celles des femmes ! En clair, un homme au chômage sera bien plus rarement en couple qu'une femme également inactive. « L'image traditionnelle de l'homme chargé de rapporter de quoi faire vivre le couple perdure donc sérieusement… », commente la sociologue.
Autre sujet de l'enquête, l'engagement politique, associatif et religieux. « Depuis une trentaine d'années, on observe une augmentation du nombre de bénévoles dans les associations », commente Sandrine Nicourd, sociologue au laboratoire Professions, institutions, temporalités2, également auteur de l'ouvrage de l'Ined. « Au contraire, le nombre de personnes engagées dans une structure politique ou religieuse a sensiblement baissé. Même si l'intérêt pour ces domaines reste fort. » Explication : le besoin de s'engager et d'avoir une utilité sociale est le même qu'avant, mais ce sont les structures à l'organisation plus souple qui se taillent aujourd'hui la part du lion. Pourquoi ? « Les personnes sondées évoquent le besoin d'un lien de confiance avec la structure dans laquelle ils s'engagent. Et ils le trouvent plus facilement dans les associations locales », explique la sociologue. La tendance est d'autant plus marquée chez les moins de 40 ans. « Un clivage peu étonnant vu que leurs aînés, eux, ont grandi dans un contexte de socialisation plus fort : avec le patronage, les sections syndicales, l'église et les partis politiques étaient très présents dans la vie des gens. Ceux-ci s'engageaient donc plus facilement dans des organes de masses auxquels les jeunes font maintenant peu confiance », explique Sandrine Nicourd. Il y aurait encore beaucoup à dire. La suite de ce passionnant portrait de société se trouve en librairie.

Charline Zeitoun

>> À lire
> En quête d'appartenances , dirigé par France Guérin-Pace, Olivia Samuel et Isabelle Ville, les éditions de l'Ined, coll. « Les grandes enquêtes », août 2009, 224 p. – 25 €.
> Le raisonnement statistique en sociologie, Marion Selz et Florence Maillochon, éd. Puf, septembre 2009, 256 p. – 25 €.

Notes :

1. Unité CNRS / EHESS / ENS.
2. Unité CNRS / Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines

Contact

Florence Maillochon,
Centre Maurice-Halbwachs, Paris
florence.maillochon@ens.fr
Sandrine Nicourd,
Professions, institutions, temporalités, Guyancourt
sandrine.nicourd@wanadoo.fr


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