
© O. van der Velde/Université Polytechnique de Catalogne/et S. Soula /Laboratoire d'Aérologie/Observatoire Midi-Pyrénées/Université de Toulouse
En septembre, sur le Pic-du-Midi, des chercheurs ont saisi l'image infrarouge de grands sylphes, dont certains se développaient sur plus de 70 km de haut et 90 km de large.
Dans la nuit du 1
er au 2 septembre, alors qu'un gros orage venu d'Espagne se déchaînait sur le golfe du Lion, d'étranges lueurs sont apparues dans le ciel. Serge Soula, physicien au Laboratoire d'aérologie
1 et ses collègues de l'université de Catalogne, armés de leur caméra très sensible installée à l'observatoire du Pic-du-Midi et pilotée par internet, les ont enregistrées. Ce sont bel et bien des sylphes qui ont embrasé le ciel cette nuit-là.
Découverts par hasard en 1989, les sylphes (ou sprites en anglais) sont d'immenses flashs de couleur rouge qui se forment la nuit sur plusieurs dizaines de kilomètres de hauteur, entre le sommet d'un orage et la base de l'ionosphère à 90 kilomètres d'altitude. D'une durée de quelques millièmes de secondes et donc invisibles à l'œil nu, ces lueurs, associées à certains types d'éclairs, dits positifs, entre les nuages et le sol, et à des orages très étalés, seraient causés par une brusque variation du champ électrique dans l'atmosphère au-dessus du nuage. Les particules chargées qui s'y trouvent accélèreraient et entreraient alors en collision avec des molécules présentes dans l'air, créant cette étrange lumière sépulcrale.
Initialement, les scientifiques pensaient que les conditions météorologiques nécessaires à la génération du phénomène n'étaient réunies que dans le centre des États-Unis. Mais des observations réalisées par une équipe danoise, également depuis l'observatoire du Pic-du-Midi, ont démontré en 2000 que l'Europe pouvait, elle aussi, être le siège de ces curieuses manifestations de la nature. Ce que confirment les nouvelles observations, qui pourront peut-être permettre de résoudre certains mystères que recèlent encore les sylphes, comme leur rôle dans la chimie atmosphérique.
L'équipe de Serge Soula traque ces flashs sur le Vieux Continent depuis 2006, dans le cadre du réseau européen Eurosprite. Après avoir testé des stations mobiles, elle a décidé de se fixer cet été sur le site du Pic-du-Midi. Bonne pioche : certains des sylphes détectés ont illuminé le ciel sur 70 kilomètres, une hauteur rarement observée.
Vahé Ter Minassian