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3 questions à…

Chantal Gascuel 
sous les pavés la terreSous les pavés, la terre
Connaître et gérer les sols urbains
Claude Cheverry et Chantal Gascuel, Éd. Omniscience, coll. « Écrin », septembre 2009, 208 p. – 25 €
Chantal Gascuel est hydropédologue, membre du Centre armoricain de recherche en environnement (CNRS / Universités de Rennes-I et -II / Inra / Agrocampus Ouest).

Ce « gentil coquelicot » sur la couverture de votre livre adresse en fait une véritable alerte aux gestionnaires des villes de France. Autrement dit : pourquoi cet ouvrage ?
Nous avons pris le coquelicot comme emblème parce que si cette plante fragile survit en ville, la nature aura toute sa place dans la cité. Les pédologues – les spécialistes du sol – se sont mobilisés dans le cadre de l'Année internationale de la planète Terre pour que les gestionnaires prennent le sol urbain véritablement en compte dans leurs décisions. Précisons que l'on entend par sol urbain non seulement celui qui est sous les pavés mais aussi celui des parcs, des jardins et celui qui entoure la ville. Il s'agit du sol dit surface et celui dit volume (de deux à cinq mètres de profondeur). Ce sol n'est pas un sol agricole ou forestier. Il est l'empreinte de l'histoire de la ville avec ses activités, ses spots de pollution – d'où une composition hautement hétérogène qui le rend difficile à caractériser – et, sans doute, cause principale de l'oubli pendant des années chez les scientifiques et les gestionnaires, contrairement aux sols agricoles ou forestiers, il n'a pas vocation à produire de la biomasse alimentaire. Tout cela fait qu'il véhicule une image négative ou reste le grand absent de la ville dont il a intégré les divers déchets. Or, c'est une ressource limitée. L'urbanisation en consomme de plus en plus. Elle occupe des sols fertiles (70 % des Français sont aujourd'hui dans les villes). Parvenir à contrôler cette urbanisation galopante est dé-sormais un enjeu majeur. D'où la mobilisation ici de quarante auteurs de toutes disciplines.

Malgré cette image négative, ce sol a-t-il des fonctions importantes pour la ville ?
Bien sûr, puisque, grâce à lui, nous avons arbres, pelouses, jardins potagers ! L'homme peut ainsi garder en ville un contact essentiel avec la nature en la regardant, d'abord, et, très matériellement, en marchant. Il contrôle aussi l'eau : il avait un rôle de filtre qu'il a perdu par son imperméabilisation, par l'installation anarchique des réseaux (tuyaux, câbles) ce qui modifie la genèse des crues comme la qualité des eaux. C'est aussi un écosystème : même pollué, ce sol est un milieu vivant du fait de micro-organismes qui sont des acteurs de résilience (réparation) dans les pollutions. Des plantes, comme la violette calaminaire métallophyte, par exemple, peuvent contribuer à la remédiation – remise en état – des sols pollués. Ces techniques ont été étudiées dans la plaine d'Achère, qui a reçu les eaux usées de la ville de Paris pendant deux cents ans. Toutes ces fonctions génèrent des transferts de matières, du sol vers les eaux, les plantes, l'atmosphère qui ont des conséquences sur la santé de l'homme et des écosystèmes.

Comment corriger l'oubli du sol pour aller vers une ville harmonieuse ?
On ne pourra pas toujours prélever des sols agricoles pour créer la nature dont la ville a besoin. Il faudra inventer des nouveaux matériaux pour les revêtements, améliorer la compréhension et les techniques de remédiation des sols pollués. Par ailleurs, les outils d'enregistrement des données sur le sol seront essentiels. La base de données Basias existe sur les anciens sites industriels mais il n'y a rien sur le suivi des caractéristiques et des interventions. Or, gérer les sols, c'est prendre en compte leurs caractéristiques pour décider de leur usage futur. Mais, vous savez, le sol urbain est l'affaire de tous : chercheurs, gestionnaires et habitants des villes.

Propos recueillis par A.L.

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