Génétique
Des gènes qui ont du chien
Ras, longs, lisses, bouclés, doux, rêches… Les poils des chiens diffèrent considérablement d'une race à l'autre. Et pourtant, «
95 % des pelages canins sont régis par la combinaison de seulement trois gènes », explique Catherine André de l'Institut de génétique et développement de Rennes
1, dont l'équipe collabore depuis des années avec celle d'Elaine Ostrander du National Human Genome Research Institute de Bethesda (États-Unis), qui publie ces résultats dans
Science2.
Schématiquement, l'étude à laquelle a activement participé le Français Édouard Cadieu, qui sera bientôt de retour dans l'équipe rennaise, s'est déroulée en trois temps. Tout d'abord, l'analyse a porté sur le génome de 96 teckels présentant trois pelages différents. Chaque caractéristique – boucles, longueur des poils, présence de moustaches, barbe et sourcils – a pu être associée à un chromosome. Ensuite, les mêmes analyses ont été réalisées sur 903 chiens de 80 races différentes ce qui a permis d'identifier les gènes, puis les mutations responsables de chaque pelage. Dès lors, plus de doute. La longueur des poils dépend du gène FGF5, la barbe, la moustache et les sourcils de RSPO2, et les boucles de KRT71 ; chaque pelage s'expliquant par la présence ou non de mutations sur ces trois gènes. Ainsi, le basset hound aux poils ras et sans boucle présente les trois gènes dans leur état ancestral, c'est-à-dire sans mutation. À l'extrême opposé, on trouve le bichon frisé dont les trois gènes sont mutés. En résumé, «
la combinaison de ces trois gènes est à l'origine d'au moins sept grands types de pelages observés chez les chiens de race », conclut Catherine André.
L'intérêt de ce résultat ne se limite évidemment pas au look canin. Il démontre que, chez le chien, il est possible d'identifier l'origine génétique de caractères complexes. Et confirme ainsi tout l'intérêt des modèles canins dans l'étude d'autres mécanismes biologiques tout aussi complexes, les cancers par exemple.
Françoise Dupuy-Maury
Notes :
1. Unité CNRS / Université de Rennes-I.
2. Science, 2 octobre, vol. 326, n°5949, pp. 150-153.