Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Doyle McKey

L'aventurier de l'interaction

doyle mckey

© G. Léotard


Des forêts camerounaises aux savanes de Guyane en passant par les champs de manioc cultivés en Amazonie, les « terrains de jeu » de Doyle McKey ne sont jamais très loin de l'équateur. Pour ce chercheur en écologie évolutive aux faux airs de Robin
Williams, la biodiversité des tropiques est un trésor : « on peut trouver parfois dans un même lieu jusqu'à 30 espèces d'un seul genre ! Cette richesse permet de faire de la biologie comparée à une échelle impossible dans d'autres écosystèmes. » L'Américain de 60 ans est spécialiste de la coévolution dans les cas d'interactions entre plantes et animaux au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (Cefe)1, à Montpellier. Au fil de sa carrière, il a développé trois grands thèmes de recherche : l'association entre plantes et fourmis, l'évolution du manioc sélectionné par la pratique agricole et, dernièrement, l'étude archéologique et écologique des savanes côtières de Guyane.
Petit, ce natif du Texas s'imaginait tour à tour explorateur, à l'image de ses héros Davy Crockett et Daniel Boone, ou naturaliste comme son chef scout de l'époque. À l'heure de choisir sa formation universitaire, le jeune Doyle privilégie celle qui dispense le plus de cours sur le terrain et s'oriente vers des études de gestion de la faune. Il y découvre l'écologie tropicale et « mord à l'hameçon » articule-t-il, satisfait de pouvoir employer des expressions imagées à la française. L'écologue Daniel Janzen, aujourd'hui mondialement connu2, deviendra son directeur de thèse. Tandis que Doyle McKey s'initie à l'espagnol pour travailler au Costa Rica, Daniel Janzen lui propose un sujet au Cameroun. « Cinq semaines plus tard, je décollais pour l'Afrique avec dans mes bagages : Apprendre le français en 90 jours et Les trois Mousquetaires. » Et d'ajouter avec malice : « ils furent vite remplacés par le commissaire San Antonio. » Commencent sept ans de thèse, dont quatre de terrain. « Ces années au Cameroun m'auront donné des idées de recherches pour le reste de ma vie ! » L'Américain devient « francophone puis francophile », si bien qu'il épouse une Française et finit par décrocher un poste à l'université Montpellier-II en 1995, en accueil au Cefe, où sa femme travaille déjà.
Dès son arrivée en France, il attaque des recherches sur le manioc parallèlement à celles sur les interactions entre plantes et fourmis sur lesquelles il bûche depuis plusieurs années. Le scientifique et ses étudiants ont montré comment, de manière empirique, les agriculteurs amérindiens gèrent durablement leurs champs en combinant bouturage et reproduction sexuée afin de conserver la diversité et le potentiel adaptatif du manioc. Ces recherches lui ont valu le prix Terra Ficaria (Fondation Yves Rocher/ Institut de France) en 2006. L'année suivante, il lance un vaste projet interdisciplinaire sur les savanes côtières d'Amazonie3. Ces paysages sont caractérisés par une multitude de petites buttes, vestiges des champs surélevés précolombiens. Mais comment, après 800 ans d'abandon et de pluies tropicales, ces monticules ont-ils pu traverser les âges ? Doyle McKey soupçonne déjà que « ces paysages construits par des hommes ont été maintenus par des organismes ingénieurs » : plantes, vers, termites, fourmis… Bref, encore une histoire d'interactions. On vous avait prévenu !

Caroline Dangléant

Notes :

1. Unité CNRS / Universités Montpellier-I, -II et -III / Ensa Montpellier / Cirad / École pratique des hautes études, Paris.
2. Daniel Janzen a reçu le prix Crafoord en 1984, équivalent au prix Nobel de l'écologie.
3. Le projet Savanes côtières, financé par le CNRS dans le cadre du programme interdisciplinaire « Amazonie 2 », rassemble biologistes, écologues, pédologues, anthropologues, archéobotanistes et archéologues.

Contact

Doyle McKey,
Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive, Montpellier
doyle.mckey@cefe.cnrs.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique