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Contre le cancer, les espoirs de la recherche

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© C.Lebedinsky/CNRS Photothèque

Urszula Hibner, Déléguée scientifique au CNRS pour la recherche sur le cancer


Par Urszula Hibner, Déléguée scientifique au CNRS pour la recherche sur le cancer


La première mention du cancer date… de 1 600 avant J. C. : un papyrus égyptien décrit un traitement par cautérisation de tumeurs du sein, tout en indiquant que la maladie est incurable. Hippocrate, le premier à utiliser le mot cancer, l'attribuait à l'accumulation de la bile noire, une des trois humeurs censées irriguer le corps. Il faut attendre le XIXe siècle et la théorie cellulaire énoncée par deux scientifiques allemands, Müller et Virchow, pour comprendre que les tumeurs sont composées de cellules. Aujourd'hui on sait que le cancer provient d'une cellule qui s'affranchit des contrôles de sa prolifération et de sa survie. De plus, les cellules cancéreuses recrutent et détournent la fonction de nombreuses cellules saines voisines. Une tumeur doit ainsi être considérée comme un organe complexe et non un amas déstructuré de cellules cancéreuses. Ce constat doit permettre la conception de nouvelles thérapies, qui cibleraient le microenvironnement tumoral.
La plupart des cancers sont sporadiques. Toutefois, c'est une maladie génétique, car chaque cellule cancéreuse a subi de nombreuses modifications génétiques et épigénétiques de son ADN. Les études moléculaires ont permis d'identifier les oncogènes, promoteurs de tumeurs, et les gènes suppresseurs de tumeurs, qui les freinent. Les « voies de signalisation », qui concourent au recueil et à l'analyse des nombreux stimuli qu'une cellule reçoit, sont également déréglées dans les cancers. Elles constituent autant de cibles thérapeutiques potentielles, qui sont activement étudiées.
D'autre part, une cellule cancéreuse est fragile : irradiée ou traitée par des drogues, elle meurt plus facilement que la plupart des cellules saines. C'est la base de la radio- et chimiothérapie du cancer. Toutefois, elle est génétiquement instable, ce qui explique l'apparition de résistances aux traitements et des récidives. Tout comme pour les maladies infectieuses, la solution viendra sans doute de l'utilisation de combinaisons de traitements judicieusement choisis.
La compréhension des perturbations de la physiologie de la cellule cancéreuse, de l'organisme malade et de ses interactions avec l'environnement, s'appuie sur tous les domaines des sciences du vivant. Ainsi les chercheurs contribuent à la meilleure connaissance du cancer en étudiant la biochimie de l'ARN, les cellules souches, le développement embryonnaire, la réplication de l'ADN et des chromosomes, avec leurs extrémités (les télomères), le trafic intracellulaire, le métabolisme ou la réponse immune… C'est pour cela qu'on estime à plus de 50 le nombre d'unités de l'Institut des sciences biologiques (INSB) du CNRS concernées par le cancer. Auxquelles il faut ajouter les nombreux chercheurs de l'Institut de chimie (INC), de l'Institut des sciences et technologies de l'information et de l'ingénierie (INST2I) et de l'Institut des sciences humaines et sociales (INSHS) qui travaillent aussi sur cette maladie.
Le premier plan Cancer (2003-2008) et les recommandations énoncées pour le second (2009-2013) se sont appuyés sur l'Institut national du cancer (Inca) et les sept cancéropôles régionaux pour améliorer le financement et la coordination des projets menés par le CNRS, l'Inserm, les universités et les hôpitaux. L'Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé, créée en avril 2009, a été conçue pour mieux définir et mieux coordonner les actions des opérateurs de la recherche publique, en particulier via les Instituts thématiques multi-organismes (Itmo), dont l'Itmo Cancer. Il est important de maintenir et de renforcer cet élan : l'actuelle explosion de connaissances laisse imaginer toute une série de victoires dans la guerre menée contre le cancer.
Ne nous méprenons pas : le cancer ne sera jamais totalement éradiqué. Le corps humain est une machine merveilleuse ; le cancer est sans doute un prix à payer pour l'impressionnante efficacité de son fonctionnement. Mais il est certain que dans l'avenir, une tumeur sera traitée avec une efficacité améliorée, et un confort accru pour le patient. Et ce sera grâce à une meilleure compréhension de la logique du vivant.

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