
© C. Lebedinsky/CNRS Photothèque
Catherine Bréchignac,
Présidente du CNRS
Arnold Migus,
Directeur général du CNRS
Ce mois d'octobre 2009 le CNRS forge son avenir et celui d'une grande partie de la recherche française avec son nouveau décret organique qui formalise les orientations définies dans son plan stratégique « Horizon 2020 », et avec la signature de son contrat d'objectifs 2009-2013 avec l'État. Cet avenir, pour se construire, doit s'appuyer sur les racines et les valeurs du CNRS. Ce 19 octobre, il y aura précisément 70 ans, l'État créait, par décret, le Centre national de la recherche scientifique, «
organisme public doté de la personnalité civile et de l'autonomie financière ». Ce décret, couronnait une décennie d'efforts, inspirés et déterminés, du Prix Nobel de physique Jean Perrin, père fondateur de l'organisme. Le CNRS succédait au CNRSA, Centre national de la recherche scientifique appliquée, créé un an auparavant par la loi du 11 juillet 1938 sur l'organisation de la nation en temps de guerre ; celle-ci stipulait que le ministère de l'Éducation nationale devait préparer la mobilisation scientifique. Notre organisme se voyait ainsi désigné comme le garant d'une ambition nationale pour la science. Dans le même temps, il se trouvait engagé dans un élan collectif en faveur de la défense de la liberté, une valeur que Jean Perrin plaçait au faîte des idéaux de la communauté scientifique : «
Il n'est pas de science possible où la pensée n'est pas libre », venait-il de déclarer en annonçant la naissance du CNRS.
Cette ambition et cet élan n'ont, depuis 70 ans, jamais cessé. Passé la douloureuse épreuve de la guerre, la recherche scientifique s'est engagée sur un nouveau front, celui de la connaissance. Le CNRS y a apporté une contribution déterminante, au point que l'on serait bien en peine d'énumérer toutes les avancées scientifiques qui, à toutes les époques et jusqu'à aujourd'hui, ont vu le jour dans ses laboratoires. Parmi ces avancées audacieuses, citons notamment les travaux de magnétisme et de magnéto-optique d'Aimé Cotton, les premières expériences de chimie solaire de Félix Trombe, le rôle pilote du Centre dans l'émergence de la génétique en France, avec Philippe L'Héritier ou Georges Teissier, ou dans celle de la chimie des substances naturelles, avec Pierre Potier. Rendons hommage aux illustres travaux d'Irène et de Frédéric Joliot-Curie, de Louis Néel, de Boris Ephrussi et, plus près de nous, de Nicole Le Douarin et saluons aussi les recherches récentes de l'économiste Jean Tirole, du généticien Jean Weissenbach, du physicien Serge Haroche, nos derniers médaillés d'or du CNRS, ou des récents Prix Nobel, Luc Montagnier, Albert Fert et Claude Cohen-Tannoudji. Il faudrait surtout ne pas oublier le rôle de toutes celles et tous ceux, chercheurs, ingénieurs, techniciens et personnels administratifs, qui ont contribué à ces avancées décisives. «
S'il révélait un seul grand savant, notre effort à tous serait payé plus qu'au centuple », aimait à répéter Jean Perrin en défendant la création du Centre. Qui se risquerait aujourd'hui à dire que le pari n'a pas été gagné ? Et, s'il l'a été, c'est essentiellement grâce aux liens que le CNRS est parvenu à tisser, non seulement avec d'autres établissements, mais aussi entre les disciplines qu'il fédère.
Aux grandes avancées scientifiques s'en ajoutent d'autres, tout aussi fondamentales. Laboratoire d'expérience pour les idées nouvelles, le CNRS a souvent été le fer de lance de grandes évolutions en matière d'organisation et d'administration de la recherche. Précurseur, il l'a été en France, avec la mise en place de ses premières administrations déléguées, dix ans avant que notre pays adopte ses grandes lois de décentralisation. Très récemment, avec les contrats de service, le CNRS a été le premier organisme à souhaiter un engagement réciproque sur la qualité des services entre le laboratoire et sa tutelle. Dans le cadre de l'autonomie des universités, ce contrat a inspiré le cahier des charges élaboré en commun avec celles-ci ; cahier des charges que doit respecter tout établissement qui souhaite bénéficier de la délégation globale de gestion financière des laboratoires. Précurseur, il l'a aussi été en Europe avec notamment ses outils structurants à un moment où la coopération scientifique entre les pays du continent était encore à ses tout premiers balbutiements. Précurseur, le CNRS l'a enfin été dans le monde : notons, par exemple, que sa politique d'unités mixtes, plébiscitée par les universités, inspire désormais des grands pays telle la Chine. Rappelons enfin que le CNRS a conçu de toutes pièces une structure moderne de transfert des résultats, l'Agence nationale de valorisation de la recherche (Anvar), treize ans avant les États-Unis.
De tels exemples pourraient être multipliés à l'envi. Ils scandent l'histoire de notre organisme qui est devenu un acteur incontournable de la recherche nationale et internationale mais aussi de la société qui, de plus en plus, lui demande de répondre à ses besoins et à ceux de la planète. Ce sont autant d'enjeux pour les 70 prochaines années, pour le CNRS et ses personnels d'aujourd'hui et de demain.