La guerre chimique qui fait rage entre organismes marins pourrait sauver des vies humaines. C'est l'espoir des partenaires, dont le CNRS, du projet Pharmasea qui vient d'être labellisé par le pôle de compétitivité Mer Bretagne. Son ambition : s'attaquer à la maladie d'Alzheimer à l'aide de molécules d'origine marine. En particulier en développant un nouveau modèle d'étude de la maladie sur la souris et en recherchant un traitement.
Les membres de Pharmasea – deux PME et quatre centres de recherche académiques
1 – ne partent évidemment pas de zéro. Le porteur du projet n'est autre que la jeune entreprise ManRos Therapeutics
2, cofondée en 2007 par le biologiste Laurent Meijer, du laboratoire « Phosphorylation de protéines et pathologies humaines »
3 de la Station biologique de Roscoff, et Hervé Galons, chimiste à l'université Paris-V. L'équipe CNRS de Laurent Meijer étudie depuis plusieurs années les vertus antitumorales ou antineurodégénératives de molécules sécrétées par les éponges et les ascidies, des invertébrés marins, pour éloigner leurs prédateurs. Chez l'humain, ces molécules sont susceptibles d'agir sur les protéines kinases, capitales dans la vie et la mort des cellules. Ces recherches ont mené à la découverte de la roscovitine, une molécule aujourd'hui brevetée par le CNRS et testée en phase clinique contre le glaucome, cette pathologie oculaire pouvant conduire à la perte de la vue, et deux types de cancers.
C'est justement pour donner un coup de fouet aux travaux sur ces molécules que Laurent Meijer, associé à Hervé Galons, a créé ManRos Therapeutics
4. Une petite société qui entend triompher avec «
vitesse et souplesse », comme le précise Laurent Meijer, des obstacles administratifs et financiers liés à la recherche pharmaceutique. Pour l'instant, ManRos Therapeutics teste quatre familles de molécules marines en phase préclinique (sur des enzymes, des cellules ou des animaux) contre la maladie d'Alzheimer donc, mais aussi contre les cancers, les leucémies et la polykystose rénale. Ensuite viendront – peut-être – les essais sur l'humain.
La société, qui compte huit employés (biologistes ou chimistes), a acquis les licences d'exploitation de ces molécules auprès du CNRS qui, propriétaire des brevets, profitera des possibles «
retombées ». «
Le but, à ManRos, ce n'est pas de gagner de l'argent. Le vrai bonheur, c'est de trouver de nouveaux traitements », explicite Laurent Meijer. Et l'ambition est affirmée. ManRos Therapeutics espère se développer des deux côtés de l'Atlantique, comme le laisse deviner son nom : « Man » pour Manhattan et « Ros » pour Roscoff. L'implantation aux États-Unis (où se trouvent de nombreux investisseurs), au même titre que les distinctions et les articles de presse – ManRos figure parmi les 100 start-up «
les plus prometteuses » de France dans un récent magazine économique
5 – devrait faciliter la quête de financements. Notamment pour des projets ambitieux comme Pharmasea.
Mathieu Hautemulle