Psychologie sociale
Tour du monde de l'impolitesse
Un passant jette un mouchoir usagé par terre, à deux pas d'une poubelle. Dans un bus, un passager tonitrue sans vergogne au téléphone. Vont-ils être alpagués par ceux qui assistent à la scène ? Sans doute si elle se déroule en Espagne. Mais c'est moins probable si elle a lieu aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, selon Markus Brauer, chercheur CNRS au Laboratoire de psychologie sociale et cognitive (Lapsco)
1 qui a comparé les réactions des habitants de huit pays occidentaux
2 face à 46 comportements incivils comme s'incruster dans une file d'attente, taguer un mur, uriner dans la rue, ou encore voler un magazine
3.
Son but ? Comprendre pourquoi certains expriment leur désapprobation face à ces incartades, et d'autres pas. Le chercheur a ainsi établi qu'au Portugal, en Espagne ou en Italie, pays définis comme « collectivistes »
4, les habitants seraient enclins à reprocher son comportement au malotru plus qu'en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, pays « individualistes », comme notre Hexagone, mais de manière moins prononcée. «
Dans les cultures “collectivistes”, les individus se perçoivent comme plus dépendants les uns des autres. Ils ont le sentiment que tout ce qui concerne la communauté fait partie intégrante de leur identité propre », explique-t-il.
Cette enquête conforte une hypothèse qu'il a précédemment formulée : une personne protestera d'autant plus contre l'auteur d'une incivilité sociale qu'elle se sent personnellement affectée. «
Tout dépend donc de la façon dont l'individu se définit lui-même », conclut le chercheur. «
Pour certains, le “soi” s'arrête à la porte de leur appartement. Tandis que pour d'autres, il inclut leur quartier, le parc, voire la ville. » Pour ces derniers, chaque incivilité, notamment celles qui dégradent leur environnement, sera perçue comme une attaque personnelle. Et leur réaction, même si elle s'exprime par une remarque courtoise, s'apparente psychologiquement à de l'autodéfense. Conclusion : pour lutter contre ces actes ordinaires de vandalisme, rien de tel que de se sentir… partout chez soi !
Stéphanie Arc
Notes :
1. Laboratoire CNRS / Université Clermont-Ferrand-II.
2. Mille quarante-huit répondants provenant des États-Unis, d'Angleterre, d'Allemagne, de Belgique, de France, d'Italie, d'Espagne, du Portugal.
3. L'étude menée avec Nadine Chaurand, de l'université Pierre-Mendès-France de Grenoble, a été publiée en ligne (avant impression) en juin 2009 dans la revue European Journal of Social Psychology, n° 38, pp. 1689-1715.
4. Pour distinguer les pays collectivistes et individualistes, les chercheurs ont utilisé un indicateur qui reflète le degré moyen d'intégration d'un individu aux différents groupes qui constituent la société (famille proche, famille éloignée, etc.). Pour en savoir plus : Consulter le site web