
© B.Lafosse
L'an dernier, le CNRS créait l'évènement en lançant Cinémascience, le tout premier festival de films de fiction ayant une thématique scientifique. Quel bilan tirer de cette première édition ?
Jean-Jacques Beineix : D'abord c'est un succès. J'ai noté un vif intérêt du public venu nombreux voir les films mais aussi assister aux débats qui ont eu lieu après les projections. Il y a eu un échange très riche entre les artistes, les chercheurs présents et le public. De toute façon, il faut laisser à ce festival le temps de s'installer. Il me semble par expérience qu'il faut environ cinq ans pour cela.
Que pourrait-on améliorer lors de la prochaine édition ?
J.-J.B. : Cette année tous les films seront présentés et commentés, et les auteurs expliqueront pourquoi et comment ils ont réalisé leurs films. Et, en règle générale, c'est dans la rencontre entre les artistes et les cinéastes, les scientifiques et les étudiants que l'on doit accentuer la dynamique. La science et l'art sont complémentaires. Le festival représente une remarquable opportunité d'enrichissement mutuel.
Qu'avez-vous pensé de la programmation ?
J.-J.B. : Elle reflète bien la production cinématographique actuelle. À savoir qu'il y a plus de films étrangers que de films français qui traitent de science. Cela tient peut-être à la culture très cartésienne de notre pays, très respectueuse de la science et qui nous pousse sans doute à la laisser en son « temple », dans les laboratoires... Nous faisons aussi beaucoup moins de films fantastiques et de science-fiction que nos voisins belges ou allemands, ou bien que les Coréens et Japonais qui abordent ces thèmes sans complexe. Tout ce que j'espère, c'est que ce festival suscitera en France des vocations vers les thématiques scientifiques.
Et le palmarès ?
J.-J.B. : J'aimerais que le public puisse aussi donner son avis sur des films qui ne sont pas inédits, des œuvres du passé qui font figure de référence. Les films ne sont pas des objets qui perdent leur intérêt après l'évènement que constitue leur sortie en salles. Ce sont des objets culturels, des « bibliothèques », faites pour être consultées. Il faut sortir de la logique promotionnelle du court terme. C'est un fléau de notre société qui menace le cinéma tout comme la science.
Pensez-vous que Cinémascience puisse devenir l'un des grands festivals français ?
J.-J.B. : Il dispose de toutes les qualités pour cela. Si l'on y réfléchit, hormis celui de Cannes, le plus célèbre du monde, tous nos grands festivals de cinéma ont comme point commun d'avoir une thématique particulière. Films américains à Deauville, films fantastiques à Gérardmer, etc. Cinémascience est le seul qui ait choisi la science, une thématique passionnante, inépuisable et d'une variété inouïe. Il ne souffre donc d'aucune concurrence. Et puis il est riche de quelque chose que les autres n'ont pas : le CNRS, une entité hors du milieu cinématographique, qui préside ce festival et qui a la générosité et la force de s'intéresser pratiquement à tout, des sciences dites « dures » aux sciences humaines. Peut-être faudrait-il insister plus encore là-dessus car cela fait de Cinémascience un festival absolument unique en France.
Propos recueillis par Charline Zeitoun
>> Du 1er au 6 décembre 2009, à Bordeaux
www.cnrs.fr/cinemascience