Avec les résidus de l'agriculture biologique comme la paille, on pourrait produire de l'énergie.
© C. Maitre / INRA
Pyrolyse et gazéification : une alchimie du futur
Que faire du bois de rebut, de la sciure et des vieilles palettes qui s'entassent dans les usines ? Que faire des déchets de l'agriculture comme la paille par exemple ? De l'énergie, bien sûr, grâce aux procédés de pyrolyse et de gazéification que développe l'équipe de Jacques Lédé, directeur de recherche au Laboratoire des sciences et du génie chimique de Nancy.
Petite formule pour valoriser en énergie la biomasse inutile, sans aggraver l'effet de serre : dans un réacteur, introduisez la matière végétale. Réglez la température entre 400 et 1 000 °C selon le produit désiré. Choisissez aussi une atmosphère adéquate : si elle est neutre, vous faites une pyrolyse, si elle contient de la vapeur d'eau ou juste un peu d'air, vous faites une gazéification. Bien entendu, le résultat final ne sera pas du tout le même.

© J. Lédé/CNRS Photothèque
Dans ce petit réacteur, des pastilles de lignine ou de cellulose se décomposent sous l'effet contrôlé de la chaleur. Objectif : isoler les produits résultants.
Si vous effectuez une pyrolyse éclair à haute température (jusqu'à 1 000 °C), vous aurez essentiellement des gaz qui, avec leur grand pouvoir calorifique, pourront fournir électricité et chaleur. Une pyrolyse à feu doux pendant plusieurs heures vous fournira essentiellement du charbon qui peut servir à piéger des polluants ou à faire des grillades au barbecue. Par contre, si vous avez besoin d'un gaz de synthèse spécial pour en faire du carburant destiné aux voitures, ou si vous voulez extraire de l'hydrogène pour vos futures piles à combustible, optez plutôt pour une gazéification. Elle vous permettra aussi de faire tourner des turbines qui produiront à la fois du courant et de la chaleur.
« Nos recherches sont là pour trouver le meilleur procédé et la meilleure matière première afin d'obtenir tel ou tel produit », explique Jacques Lédé. Pour passer du laboratoire aux échelles industrielles, les chercheurs se doivent d'avoir une approche intégrée qui va de la production de la matière végétale jusqu'à l'acheminement de l'énergie au consommateur en passant, bien sûr, par les procédés de pyrolyse et de gazéification.
Les équipes du CNRS cherchent à perfectionner les procédés afin de produire des gaz plus purs, d'adapter les réacteurs aux différentes matières premières ou de mieux éliminer poussières, goudrons et autres métaux des produits finaux. Une recherche qui aurait stupéfié les plus grands alchimistes : extraire une énergie propre et renouvelable à partir des déchets de l'industrie, de l'agriculture et de la foresterie.
Sebastián Escalón