
Prospective
Quelle sera la mission de l'Institut des sciences mathématiques et de leurs interactions (INSMI) ? © N. TIget/CNRS Photothèque
Grâce à l'INSMI, les mathématiques disposeront-elles de moyens plus importants ?
J.-M.G. : Oui. La présidente du CNRS, Catherine Bréchignac, a annoncé le doublement du budget, et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche doit apporter une contribution supplémentaire. Cela permettra, alors que les universités deviennent autonomes, de disposer malgré tout d'une structure nationale apte à maintenir une forte cohérence de la discipline. Elle apportera ainsi aux universités une expertise indiscutable, en évitant l'isolement de certains ou la mise en concurrence stérile d'autres. Enfin, ces moyens accrus permettront de répondre aux immenses sollicitations que les mathématiques suscitent aujourd'hui de la part des autres disciplines scientifiques (physique, informatique, mécanique, biologie, économie, etc.) et de la société (statistiques, mathématiques financières, etc.).
Est-ce le couronnement de la politique efficace menée jusqu'ici par les acteurs de cette discipline ?
J.-M.G. : Absolument. Les responsables scientifiques successifs des mathématiques au CNRS ont mené depuis une vingtaine d'années une politique originale qui est maintenant clairement reconnue. La clé de voûte de cette politique est l'indissociabilité de la recherche et de la formation. Nous avons aussi développé une politique de structuration nationale en connexion avec tous les établissements, au lieu de nous concentrer sur un petit nombre de laboratoires d'excellence. Il nous semble clair que la variété des thématiques en mathématiques et la diversité de leurs interactions imposent une structure de ce type. Cette politique s'appuie aussi sur la mobilité des chercheurs, qui permet de maintenir une qualité élevée de la recherche jusque dans les plus petits centres de notre réseau de laboratoires.
Comment poursuivre cette politique ?
J.-M.G. : Il faudra notamment créer de nouvelles équipes en concertation avec les universités. Stimuler la recherche par des financements rapides de projets, que ce soit en mathématiques fondamentales ou sur des sujets interdisciplinaires qui répondent à des appels d'offres. Il faudra aussi adapter notre réseau au projet du gouvernement qui souhaite réorganiser les sciences fondamentales autour de grands centres. Pour cela, nous proposons la création de fédérations régionales. Bien sûr, il conviendra aussi de coordonner nos grands équipements : le Centre international de rencontres mathématiques, l'Institut Henri Poincaré (IHP), l'Institut des hautes études scientifiques (IHÉS), le Centre international de mathématiques pures et appliquées. Enfin, l'INSMI devra devenir le vecteur des mathématiques françaises à l'étranger et prendre en charge les programmes de coopération internationale.
Propos recueillis par Charline Zeitoun
Jean-Marc Gambaudo
Institut des sciences mathématiques et de leurs interactions (INSMI), Paris
jean-marc.gambaudo@cnrs-dir.fr