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Mihai Barboiu

Itinéraire d'un chimiste passionné

Brillant ! Le mot est pesé pour qualifier le parcours de Mihai Barboiu, même si lui assure qu'il ne faut rien exagérer. À 40 ans, ce chimiste roumain dirige l'équipe « Nanosystèmes supramoléculaires adaptatifs » à l'Institut européen des membranes1 (IEM) de Montpellier. L'idée de base de ses travaux ? En étudiant les propriétés des membranes biologiques, dont il existe de nombreuses variétés dans la nature et qui ont la précieuse faculté de laisser passer certaines molécules tout en étant imperméables à d'autres, le chercheur met au point de nouveaux matériaux ou des systèmes aux propriétés innovantes et aux applications variées. La preuve par les dépôts de brevets : son équipe a mis au point une membrane dix fois plus conductrice que celles utilisées actuellement dans les piles à combustible. Deux brevets ont également été déposés pour des matériaux qui permettent la séquestration du CO2 et d'autres encore dans le domaine de la santé. Ces trouvailles sont quelque peu fortuites, comme cela s'est souvent produit pour de grandes découvertes scientifiques : « Les polymères conducteurs ont été révélés à la suite d'une faute de manipulation, et Fleming a découvert la pénicilline en abandonnant ses cultures biologiques tout un été », rappelle le chimiste. Dont la destinée, elle, ne doit rien au hasard.
Dès le lycée, dans sa ville natale de Pascani, dans le Nord de la Roumanie, le jeune Mihai se passionne pour les sciences. Il participe aux Olympiades de chimie et représente son pays à deux reprises au niveau international. Il intègre ensuite l'Université polytechnique de Bucarest pour décrocher un diplôme d'ingénieur en chimie organique. Durant ses études, son professeur, Constantin Luca, l'autorise à disposer d'un petit laboratoire où il peut laisser libre cours à son imagination de futur chercheur, ce qui lui vaudra sa première publication à l'âge de vingt-trois ans. Mihai Barboiu enchaîne avec une thèse sur « l'utilisation des matériaux hybrides pour la reconnaissance moléculaire », tout en travaillant dans un centre de recherche de Bucarest. « En seulement trois ans, j'ai réussi à diriger ma propre équipe de recherche », se souvient-il non sans une pointe de fierté. Une collaboration se crée alors avec le Laboratoire des matériaux et procédés membranaires de l'université Montpellier-II, si bien que son doctorat se déroule finalement en cotutelle. En 1999, une occasion exceptionnelle se présente au chercheur roumain, alors à la recherche d'un postdoc : un poste de maître de conférences au Collège de France, dans le laboratoire strasbourgeois de l'éminent professeur Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de chimie en 1987. L'équipe est arrivée à reproduire artificiellement les mouvements des protéines du corps humain. « C'était un rêve pour moi, car j'admirais vraiment Jean-Marie Lehn ! Travailler dans le labo d'un Prix Nobel est la plus belle chance du monde pour un chercheur en formation. »
En 2001, Mihai Barboiu intègre le CNRS pour travailler à l'IEM de Montpellier. En prenant possession de son nouveau bureau, il accroche les photos des professeurs qui l'ont inspiré, comme Constantin Luca, Louis Cot ou Jean-Marie Lehn. Trois ans plus tard, nouvelle consécration : Mihai Barboiu est lauréat du prix European Research Young Investigators pour ses projets de recherche sur l'évolution des systèmes dynamiques à l'interface entre chimie, biologie et physique. Cette même année, il devient également directeur de recherche et développe son travail sur les membranes biologiques. Pas de doute, le scientifique chemine bien dans les pas de ses mentors.

Caroline Dangléant

Notes :

1. Institut CNRS / École nationale supérieure de chimie Montpellier / Université Montpellier-II.

Contact

Mihai Barboiu
Institut européen des membranes, Montpellier
barboiu@iemm.univ-montp2.fr


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