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Unité mixte de recherche

Grande première entre le CNRS et l'Afrique

Pollution, réchauffement climatique, urbanisation… D'importantes transformations sont à l'œuvre partout sur le globe. Un ambitieux laboratoire franco-africain vient d'être créé pour en étudier les conséquences sur la santé.

C'est un véritable événement qui a eu lieu le 16 janvier dernier à Paris, au siège du CNRS : la naissance officielle de la première unité mixte internationale (UMI) de l'organisme avec l'Afrique. Baptisée « Environnement, santé, sociétés » (UMI ESS), elle réunit des chercheurs français, burkinabés, maliens et sénégalais autour d'une thématique on ne peut plus prioritaire : l'étude des conséquences sur la santé des transformations environnementales (réchauffement climatique, pollution) et sociales (urbanisation). « Cette première opération d'envergure du CNRS en Afrique vise à établir un partenariat fort et équilibré entre chercheurs du Sud et du Nord », a déclaré Catherine Bréchignac lors de la cérémonie. La présidente du CNRS était alors entourée des dirigeants des trois autres organismes fondateurs, l'université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), au Sénégal, l'université de Bamako, au Mali, et le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST), au Burkina Faso.
Pour les scientifiques de l'UMI, le programme s'annonce chargé. Tout d'abord, ils vont en effet étudier les liens entre les transformations environnementales et la santé. Comprenez, par exemple, la manière dont la pollution entraîne l'apparition de nouvelles pathologies respiratoires ; ou le rôle précis du réchauffement climatique dans la survenue des épidémies et crises alimentaires. Mais ils se pencheront aussi sur les questions sanitaires liées aux migrations ou aux évolutions démographiques, comme le vieillissement. Et pour compléter le tableau, ils analyseront le fonctionnement des hôpitaux et centres de soins, en vue d'améliorer la qualité des traitements.
Autant de sujets qui seront étudiés à l'échelle locale en Afrique, mais dont l'intérêt survole les frontières : « Avec le réchauffement par exemple, des maladies présentes aujourd'hui dans les pays du Sud risquent d'apparaître dans ceux du Nord, explique Gilles Boëtsch, directeur de l'UMI, et président du conseil scientifique du CNRS. Les problématiques traitées au sein de l'unité intéressent donc les chercheurs de tous les pays. » Et de toutes les disciplines : comme le suggèrent les intitulés des cinq axes de recherche (lire l'encadré), elles mobiliseront une quarantaine de spécialistes des disciplines environnementales, des sciences de la santé et des sciences humaines et sociales. Une mosaïque scientifique indispensable selon Yannick Jaffré, directeur de recherche CNRS au laboratoire « Anthropologie bioculturelle »1, qui sera l'un des cinq directeurs adjoints de l'UMI2 : « Tout le monde saisit l'importance des sciences du vivant pour étudier le paludisme en Afrique. Mais on ne peut aborder sérieusement ce sujet sans aller voir comment les patients sont reçus dans les centres de soins, sans s'interroger sur l'utilisation des moustiquaires, ou sur la politique de la ville qui, on le sait, joue énormément. Bref, sans le regard des sciences sociales. » C.Q.F.D.
Les chercheurs ont un bel atout en main : « La plupart des équipes de l'UMI travaillent ensemble depuis plusieurs années, explique Abdou Salam Sall, président de l'UCAD. Notamment car plusieurs chercheurs africains et responsables d'équipes de l'UMI ont fait leurs premiers pas dans les laboratoires du CNRS et ont poursuivi la collaboration une fois retournés dans leur pays. » Restait à officialiser l'union, ce qui a demandé « un peu » de préparation : « C'est déjà compliqué de créer un laboratoire entre deux pays, rappelle Gilles Boëtsch. Alors imaginez quand il y en a quatre… » Mais le résultat est là : l'UMI existe pour quatre ans – renouvelables – sur quatre pôles (Marseille, Ouagadougou, Bamako et Dakar). « C'est un embryon de laboratoire mondial, se réjouit Basile Guissou, délégué général du CNRST. Il va permettre de partager les infrastructures, mais aussi, pour ainsi dire, d'être partout en même temps ! » Autre avantage : il offre une plus grande visibilité pour répondre aux appels à projet internationaux. Recteure de l'université de Bamako, Ginette Siby Bellegarde est optimiste : « Chaque partenaire apporte ses compétences et sa volonté de travailler en synergie sur des thèmes fédérateurs. Je ne doute pas que les résultats de nos travaux seront à la hauteur de nos espérances », conclut-elle dans un sourire. Avant de confier que l'unité a vocation à s'ouvrir par la suite à d'autres pays voisins.

Matthieu Ravaud

Les 5 axes de recherche
Pollution, santé et société
Environnement, cognition et société
Pathocénoses, dynamiques sociales, préventions et sociétés
Espaces techniques de soins et sociétés
Modes de vie et santé, influence des migrations et de la transition démographique.


 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université Aix Marseille-II / EFS Alpes Méditerranée.
2. Avec Lamine Gueye et Nicole Chapuis pour le Sénégal, Ogobara Doumbo pour le Mali, et Blaise Sondo pour le Burkina Faso.

Contact

Gilles Boëtsch
Gilles.Boetsch@univmed.fr
Yannick Jaffré
yannick.jaffre@univmed.fr


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