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Pollution

Nanopièges en eaux troubles

Si les bienfaits des nanotechnologies ne sont plus à prouver, leur essor pourrait s'accompagner d'une pollution des eaux. Des chercheurs mettent actuellement au point un procédé pour résoudre ce problème ; leur projet vient d'être récompensé au salon Pollutec.

Déjà présentes dans les cosmétiques, les peintures ou les pneumatiques, les nanoparticules, petit à petit, sortent des laboratoires de recherche. Et, qu'elles deviennent vecteurs de médicaments ou principes actifs de pots catalytiques, leurs propriétés physico-chimiques les promettent à un avenir industriel radieux. À une condition : que le nano-Eldorado ne se transforme pas en un problème de santé publique et environnemental d'un nouveau genre. Par exemple, les nanoparticules pourraient se retrouver dans l'eau. Pour faire face à ce risque, Pascal Guiraud, au Laboratoire « Ingénierie des systèmes biologiques et des procédés » (LISBP)1, à Toulouse, et son équipe viennent de proposer une méthode capable d'éliminer les nanoparticules de l'eau et des liquides, en collaboration avec le Laboratoire de physique et chimie des nano-objets2. Un procédé encore en phase de développement, mais déjà récompensé par le prix des techniques innovantes pour l'environnement, au salon national Pollutec, à Lyon, en décembre dernier.
« La question de la nocivité des produits créés par l'homme se pose rarement a priori, explique Pascal Guiraud. Et généralement, ce n'est qu'après avoir constaté leur présence dans l'environnement que l'on se pose la question de la dépollution. Mais actuellement, la production de nanoparticules augmente fortement. Ces nouveaux objets se retrouveront donc inévitablement dans les rejets industriels et domestiques, voire dans les ressources en eau. Notre programme vise à anticiper ce problème. »
Pour ce faire, les scientifiques ont fondé leur travail sur deux procédés classiques issus du traitement des eaux. Avec le premier, les nanoparticules seraient capturées par des bulles d'air qui les emportent vers la surface. Ce procédé pourrait être couplé avec un second, qui consiste cette fois à faire « coaguler » les particules présentes dans l'eau par l'ajout d'agents chimiques : les particules plus grosses ainsi formées sédimentent et sont évacuées sous forme de boues. « Dans le cas de nanoparticules, cette dernière option utilisée seule nécessite une trop grande quantité de produits chimiques et n'est donc pas très intéressante économiquement, détaille le chercheur. C'est pourquoi nous nous acheminons vers le développement d'un procédé soit couplé, soit exclusivement à base de bulles d'air. »

nanopièges

© LISBP-LPCNO

Conception assistée par ordinateur d'une cellule de traitement d'effluents liquides pollués par des nanoparticules.


Né en 2006 sur un coin de table, ce programme est désormais cofinancé par la Région Midi-Pyrénées, et a reçu le soutien des établissements toulousains d'enseignement supérieur et de recherche, ainsi que du CNRS. Il sera de plus associé cette année à un programme de l'Agence nationale de la recherche (ANR). « Nous sommes en contact avec des industriels. Mais j'ai aussi en tête le développement d'une start-up sur ce projet », confie le scientifique. En attendant, il est probable que d'ici à un an, les premiers tests à partir d'effluents d'usines seront mis en œuvre. Une bonne nouvelle alors qu'un récent rapport de l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) conclut qu'« il est prudent de déclarer les nanoparticules comme “niveau de danger inconnu” et de les manipuler avec la même prudence que les matières dangereuses ».

Mathieu Grousson

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Insa Toulouse / Inra Toulouse.
2. Laboratoire CNRS / Insa Toulouse / Université Toulouse-III.

Contact

Pascal Guiraud
Laboratoire « Ingénierie des systèmes biologiques et des procédés » (LISBP), Toulouse
pascal.guiraud@insa-toulouse.fr


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