Un Cristal, des cristaux…

© J.-F. Dars/CNRS Photothèque
Innovant et persévérant. Deux valeurs clés pour qui se veut ingénieur, selon Bertrand Ménaert. Et qu'il a faites siennes. Elles ne sont d'ailleurs peut-être pas étrangères au Cristal du CNRS reçu l'an passé. Sous des dehors affables, cet ingénieur de 49 ans figure parmi les rares spécialistes français de la « croissance cristalline en solution à haute température ». Une discipline de pointe qu'il exerce depuis huit ans au sein du pôle « Cristaux massifs » à l'Institut Néel du CNRS, à Grenoble, «
dans un environnement scientifique exceptionnel pour l'étude et la caractérisation des matériaux avec la présence, à deux pas d'ici, du synchrotron ESRF et de la source de neutrons la plus intense du monde, l'Institut Laue-Langevin (ILL) ».
Mais c'est en Lorraine qu'a émergé sa vocation. Sur les bancs du lycée, le jeune nancéien se voit bien travailler dans l'industrie chimique. Après un cursus universitaire partagé entre physique et chimie, c'est un stage dans le laboratoire de cristallographie de Nancy qui scelle son destin. Le hasard ? Pas tout à fait. «
Mon père y travaillait comme ingénieur d'étude, mais je n'avais pas prévu de suivre ses traces ! » Bien lui en prend. Il rejoint ainsi la seule équipe à se consacrer, en France, à la production fort délicate des cristaux de la famille KTP (formés de potassium, de titane et de phosphore). Dotés de remarquables propriétés optiques qui permettent de modifier la longueur d'onde de la lumière, ces cristaux optimisent les dispositifs laser en chirurgie ou en télémétrie militaire…
Encore faut-il maîtriser leur fabrication : «
Nous avons utilisé la “méthode des flux”, technique réputée délicate à mettre en œuvre. » Avec cette méthode, la cristallisation s'obtient au cours d'une lente – près d'un mois ! – et minutieuse phase de refroidissement. «
Si ce projet a réussi, c'est en grande partie grâce au développement dans notre équipe d'instruments originaux qui permettaient de suivre en continu les différentes étapes de cristallisation. » Ce qui vaut au jeune thésard, en 1988, de cosigner son premier brevet. Et de créer dans la foulée, avec ses collègues, la société Cristal Laser. Une réussite : la modeste PME est devenue l'un des leaders mondiaux en production de cristaux pour l'optique.
1992 : Bertrand Ménaert intègre le CNRS en tant qu'ingénieur de recherche. Deux ans plus tard, sa carrière connaît un premier tournant avec le transfert de son équipe au laboratoire de physique de l'université de Dijon. Bouger n'est pas pour lui déplaire. Même s'il doit passer près d'un an à « remonter » deux salles de cristallogenèse. S'ouvrent alors six belles années d'une « vie agréable » et de recherches innovantes. Notamment sur la découpe des cristaux, opération essentielle pour que le cristal « exprime » ses propriétés. Ce travail d'orfèvre l'amène à réaliser des sphères cristallines pour les besoins d'une méthode originale de métrologie optique, puis des cylindres pour la réalisation de sources laser. Avec, à la clé, un second brevet cosigné et un transfert technologique vers la société américaine JDS Uniphase, spécialisée dans les sources laser.
2001 s'ouvre avec un second déménagement. Direction Grenoble. Nouveau laboratoire, nouvelle installation d'une salle de production. C'est aussi l'occasion pour Bertrand Ménaert de développer ses liens avec la communauté nationale. Il participe activement au comité de pilotage du réseau Mission ressources et compétences technologiques (MRCT) du CNRS sur les cristaux massifs pour l'optique
1 où, depuis six ans, notre homme anime une formation nationale sur les « procédés d'orientation des cristaux ». Le reste du (peu) de temps, il le consacre à ses deux enfants, sa maison… et dès que possible, à ses ruches installées dans son ancien fief de Bourgogne. La belle symétrie des alvéoles le fait rêver… aux cristaux, peut-être.
Patricia Chairopoulos
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