

© Projet Horizon (2005-2008)
L'évolution d'une partie de l'Univers – une tranche de 150 millions d'années-lumière – a été simulée numériquement par l'équipe du projet Horizon. On y découvre de longs filaments de matière entourés de zones de vide quasi intégral.
L'Univers en simulations
Dans une première version de la simulation, réalisée entre 2006 et 2007, les chercheurs d'Horizon ont simulé l'évolution d'une tranche d'Univers de 150 millions d'années-lumière. Résultat : ils y ont observé la formation de galaxies plus vraies que nature. À l'été 2007, ils ont réitéré l'« expérience » sur le supercalculateur civil Bull du CEA. Ils ont alors simulé une sphère de six milliards d'années-lumière de rayon avec pas moins de 70 milliards de particules. Celle-ci reconstitue un Univers tel que pourrait le voir un observateur terrestre regardant pas moins de la moitié de l'Univers visible !
Une fois traitées, les images obtenues sont époustouflantes, quasiment identiques à des clichés réels. Au fur et à mesure du vieillissement de leur « faux » Univers, les astrophysiciens ont observé une amplification des fluctuations primordiales sous l'effet de la gravitation, la matière visible tombant dans des régions de matière noire (« halos » de matière noire) de plus en plus concentrées, pour former les étoiles et les galaxies. Celles-ci s'organisaient en une sorte de mousse filamenteuse laissant d'immenses espaces totalement vides de matière. « Nos résultats sont en très bon accord avec les très grands relevés de galaxies », indique Romain Teyssier. Comme par exemple le Vimos VLT Deep Survey (VVDS), un sondage profond de l'Univers utilisant le spectrographe Visible Multi-Object Spectrograph (Vimos), au Very Large Telescope (VLT), de l'Eso, au Chili, dont l'objectif est de quantifier l'évolution de 90 % de l'histoire de l'Univers. « Cette concordance valide le scénario d'un Univers dans lequel la formation des structures est dominée par la gravité exercée par les halos de matière noire issus des fluctuations primordiales », poursuit le scientifique. Autrement dit, les fameux grumeaux originels seraient bien à l'origine de l'organisation de l'Univers.
Voir toujours plus loin
Les scientifiques en ont-ils pour autant fini avec la formation des structures ? Pas exactement. Comme le détaille Guilaine Lagache, à l'Institut d'astrophysique spatiale3, à Orsay, « ces simulations rendent très bien compte de l'évolution des halos de matière noire. Cependant, la physique de la matière ordinaire fait encore l'objet d'un certain nombre de recettes qui masquent notre incompréhension physique de l'ensemble des phénomènes ». Par exemple, les astrophysiciens ne comprennent pas encore comment former certains objets pourtant bien réels, telles des galaxies géantes présentes trop tôt par rapport à la théorie, dès trois milliards d'années après le Big Bang. Quant à Romain Teyssier, il rêve déjà à une future génération de simulations, permettant de recréer la totalité de l'Univers visible, voire au-delà. « Les simulations permettraient alors de voir plus loin qu'on ne le pourra jamais dans le ciel réel », s'enthousiasme le scientifique.

© Infog.: P.Carril pour Le j.du CNRS, photos d'Andromède: Nieten et al. 2006, journal Astronomy&Astrophysics/ESO 2006; NASA/JPL-Caltech/K.Gordon (Univ.of Arizona); NASA/JPL-Caltech; B.Schoening, V. Harvey/REU program/NOAO/AURA/NSF NASA/UMass/Z. Li&Q.D.Wang
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Le Big Bang sur écoute Des informations sur l'histoire de l'Univers nous sont livrées par la lumière, qu'elle soit visible, infrarouge, ou sous forme d'ondes radio ou de rayons gamma énergétiques1. L'espoir des scientifiques : détecter les ondes gravitationnelles, des déformations de l'espace-temps se déplaçant à la vitesse de la lumière prédites par la théorie de la relativité générale d'Einstein, produites à la naissance de l'Univers ou lors d'événements cataclysmiques comme l'explosion d'étoiles en fin de vie. « Contrairement à la lumière, ces ondes se propagent à travers l'espace sans altération quels que soient les milieux qu'elles traversent », explique Éric Gourgoulhon, au Laboratoire de l'Univers et de ses théories (Luth) 2, à Meudon. Mais cette propriété les rend très difficiles à repérer. Dans les prochains mois, ce sera la mission du détecteur européen Virgo, construit près de Pise, en Italie. « Grâce à lui, nous devrions avoir accès à de nombreux objets compacts, dont la lumière ne sort jamais. Tels des cœurs de supernovae ou des systèmes de trous noirs en orbite l'un autour de l'autre », poursuit l'astrophysicien. Dans une dizaine d'années, l'interféromètre spatial Lisa pourrait capter des ondes gravitationnelles de très basse fréquence, indétectables depuis la Terre. De quoi obtenir des informations émises juste après le Big Bang, et remonter au-delà du rayonnement fossile, émis 380 000 ans après la naissance de l'Univers. 1. Photons (grains de lumière) très énergétiques. Ils sont émis lors des phénomènes parmi les plus violents de l'Univers, comme les explosions d'étoiles massives (supernovae). Contact : Éric Gourgoulhon, eric.gourgoulhon@obspm.fr |
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GLOSSAIRE L'Univers |
1. Lire « L'Univers en continu », Le journal du CNRS, n° 216-217, janvier-février 2008.
2. Laboratoire CNRS/ CEA/ Université Paris-VII.
3. Institut CNRS / Université Paris-XI.
François Bouchet,
bouchet@iap.fr
Romain Teyssier,
romain.teyssier@cea.fr
Guilaine Lagache
guilaine.lagache@ias.u-psud.fr