

© ESO
Gros plan sur la célèbre nébuleuse de la Tête de Cheval, dans la constellation d'Orion. À la base de la tête, on trouve de jeunes étoiles en cours de formation.
Des ombres au tableau
Quoi qu'il en soit, le schéma général est le suivant : au fil de son évolution, l'étoile brûle d'abord son hydrogène. Une fois celui-ci transformé en hélium au centre, la fusion de l'hydrogène périphérique démarre brutalement, et l'astre devient alors une « géante rouge » qui continuera à briller grâce à la combustion d'éléments de plus en plus lourds…
En revanche, les circonstances des naissances stellaires ne sont pas encore bien élucidées. Exemples : les astronomes sont surpris par le faible taux de natalité stellaire dans notre coin d'Univers. « En ce qui concerne les nouvelles étoiles, chaque année, la Voie lactée ne fabrique que l'équivalent de trois fois la masse de notre Soleil… raconte Patrick Hennebelle. Or, le réservoir de gaz susceptible de former des étoiles est de l'ordre de un milliard de masses solaires… Si l'on suppose que seule la gravité agit dans ce milieu, et compte tenu du temps de formation d'une protoétoile, nous devrions en former 300 fois plus par an ! » La raison de cette paresse ? Les spécialistes invoquent un phénomène qui s'opposerait à l'efficacité de la gravité. Pendant longtemps, le champ magnétique a été soupçonné : en effet, au sein des nuages moléculaires, comme dans le milieu interstellaire moins dense, règne le champ magnétique galactique. Mais il y a une objection, de taille : le champ magnétique ne peut déplacer que les particules dotées d'une charge électrique, les ions par exemple. Or le nuage froid est neutre puisque constitué de gaz moléculaire.
Depuis cinq ans, un autre mécanisme est donc pointé pour expliquer la faible fécondité stellaire de certaines zones de l'Univers : la turbulence. En effet, ce nuage moléculaire froid qui voit naître les étoiles serait en réalité un milieu très agité. Une agitation qui s'opposerait à l'effondrement gravitationnel qui déclenche la formation des futures étoiles. « De ce fait, la turbulence ralentirait considérablement leur taux de formation », précise Patrick Hennebelle. Et qu'est-ce qui secoue et remue ainsi le gaz des nuages moléculaires ? Les candidats ne manquent pas : de la matière éjectée sous forme de puissants jets par les étoiles jeunes, des explosions d'étoiles vieilles – les supernovae – qui propulsent dans l'espace leurs enveloppes superficielles…
Une autre énigme concerne la masse des étoiles à leur naissance. Reprenons l'exemple de la Voie lactée, où se forme l'équivalent de trois masses solaires par an. Mais combien de petites, de moyennes ou de grosses étoiles ? « À leur naissance, la majorité affiche autour de 0,3 masse solaire. Puis, au gré des turbulences du milieu, certaines se trouvent emportées et traversent des régions riches en matière. Ainsi elles grossissent par accrétion de gaz », explique Patrick Hennebelle.
Une enfance agitée
Quels sont les premiers évènements dans la vie d'une étoile ? « En même temps que la protoétoile, se forme un disque en rotation autour d'elle, qui perdure quelques millions d'années », explique Jérôme Bouvier, du Laboratoire d'astrophysique de Grenoble (Laog)2. Un environnement singulier : « La couronne des étoiles jeunes émet 10 000 fois plus de rayons X que le Soleil au maximum de son cycle d'activité, raconte Nicolas Grosso. Les éruptions en rayons X, d'origine magnétique, sont aussi beaucoup plus fréquentes et énergétiques que celles du Soleil. » Elles chauffent et ionisent une partie de la matière du disque qui tombe sur l'étoile. Par ailleurs, les étoiles jeunes qui reçoivent ainsi en permanence de la matière depuis leur disque, émettent elles aussi des jets de matière, perpendiculairement au disque. « Cette émission ralentit le disque qui entoure l'étoile, ajoute Jérôme Bouvier, tandis que par ailleurs, la matière du disque se trouve “soufflée” par les rayonnements X et UV de l'étoile… » Résultat : le disque circumstellaire disparaît, et l'étoile, toujours en contraction, tourne de plus en plus vite comme un patineur qui rapproche ses bras le long de son corps. Cette étape dure quelques millions d'années. « Comprendre cette prime enfance des étoiles est crucial, car c'est là que des planètes se constitueront peut-être (lire ci-dessous). » Mais une fois le disque dissipé, l'espoir de voir une planète se former autour de l'étoile s'envole définitivement. « Et, conclut Jérôme Bouvier, les réactions de fusion nucléaire débutent au sein de l'étoile », qui commence alors sa vie d'adulte.
Azar Khalatbari
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L'Europe voit loin © SKAtelescope.org La construction du Square Kilometer Array, futur plus grand radiotélescope du monde avec sa surface collectrice de 1 km2, devrait démarrer en 2010. Contact : Jean-Marie Hameury, jean-marie.hameury@cnrs-dir.fr |
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GLOSSAIRE Zone convective |
1. Laboratoire CNRS / Université Strasbourg-I.
2. Laboratoire CNRS / Université Grenoble-I.
Nicolas Grosso,
grosso@astro.u-strasbg.fr
Patrick Hennebelle,
patrick.hennebelle@ens.fr
Jerôme Bouvier,
jerome.bouvier@obs.ujf-grenoble.fr