
Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? Et existe-t-elle ailleurs dans l'Univers ? Deux immenses questions qui sont étroitement liées... et qui sont surtout loin d'être résolues. Aujourd'hui, la quête des origines de la vie, objet d'une discipline baptisée exobiologie, mobilise autant les biologistes, paléontologues et chimistes, que les astronomes. Et pour tous, les questions se bousculent, que ce soit sur les débuts de la vie terrestre, les conditions qui ont permis son apparition, ou même sur les « briques élémentaires » qui ont servi de base à la vie. Concernant les dates tout d'abord. Sur notre planète, les paléontologues ont établi en étudiant des fossiles que le premier être vivant est apparu il y a au maximum 4 milliards d'années. Une datation très imprécise, car les indices disponibles ne sont pas vraiment légion… Peu à peu cependant, les scientifiques avancent : des chercheurs du laboratoire Bioemco1, en collaboration avec trois autres unités, ont ainsi prouvé en juillet 2008 qu'il y avait déjà de la vie sur Terre il y a 3,5 milliards d'années grâce à l'analyse d'une roche de cette époque.

© ESA/NASA/JPL/Univ. of Arizona
La surface de Titan, plus grand satellite de Saturne, reconstituée d'après les données de la sonde Huygens arrivée à destination en 2005.
Conditions de vie
Autre question en suspens : quelles étaient les conditions exactes qui régnaient sur Terre à cette époque ? Aussi, tout un volet de l'exobiologie est-il aujourd'hui consacré aux moyens pour mieux exploiter les rares indices disponibles… et en trouver de nouveaux. L'identification de fossiles microscopiques et la recherche concernant les « biosignatures »occupent une partie des scientifiques. D'autres consacrent leurs efforts à déterminer si l'eau, élément indispensable à l'apparition de la vie et présent à la surface de notre planète, a été apportée depuis l'espace par des pluies de comètes. D'autres s'attachent à retrouver les caractéristiques physiques et chimiques de l'atmosphère et des océans dans ce passé lointain. Par exemple, l'équipe de Manolo Gouy, du laboratoire « Biométrie et biologie évolutive »2, à Villeurbanne, en collaboration avec les informaticiens du Laboratoire d'informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier (Lirmm)3, a démontré récemment que l'ancêtre commun à tous les organismes (Last Universal Common Ancestor, ou Luca) a vécu à des températures modérées, inférieures à 50 °C. Plus tard, la vie a dû résister à un milieu plus chaud (environ 70 °C) avant de s'adapter de nouveau à des températures décroissantes, jusqu'à aujourd'hui.

© F. Westall et al., Geol. Soc. Amer. Spec Pub., 405, 105-131
Micro-organismes fossiles, vieux de 3,445 milliards d'années. Ces précieuses traces des origines de la vie ont été découvertes dans des sédiments du Pilbara, en Australie.
Être ou ne pas être
Enfin, comment ces molécules, une fois créées, se sont-elles assemblées entre elles pour donner du vivant ? À quoi ressemblait l'ancêtre commun à tous les organismes actuels ? Si bien des scénarios complexes ont été proposés, une hypothèse récente veut que l'acide ribonucléique ou ARN ait constitué le premier de tous les métabolismes, c'est-à-dire la première des machines où s'opéraient spontanément les transformations chimiques et énergétiques propres à la vie. La raison de cette idée bizarre ? « La découverte, voici une quinzaine d'années, que l'ARN est en mesure d'assurer les fonctions essentielles du vivant, explique Marie-Christine Maurel, de l'Institut Jacques Monod5, et présidente du Conseil scientifique du programme interdisciplinaire du CNRS « Origine des planètes et de la vie », créé en 2006. Cette molécule peut porter l'information génétique tout en réalisant des actes catalytiques à la manière des protéines. D'où l'idée d'un monde originel constitué d'êtres primitifs ressemblant un peu aux “viroïdes”. Ces agents pathogènes des plantes sont en effet, à la différence des virus, faits d'ARN libres, c'est-à-dire d'ARN sans membrane associée. Ce qui en fait des candidats idéaux pour avoir été à l'origine de la vie. »

© ESA - J. Huart
Le projet européen Darwin, flottille de six télescopes spatiaux, devrait permettre, vers 2020, d'étudier des exoplanètes et d'y découvrir d'éventuelles traces de vie.
Vahé Ter Minassian
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Les astres à l'honneur |
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GLOSSAIRE Acide ribonucléique ou ARN |
1. Laboratoire CNRS / Université Paris-VI / Inra / Agroparistech jr étude pôle aliment / École normale supérieure Paris.
2. Laboratoire CNRS / Université Lyon-I.
3. Laboratoire CNRS / Université Montpellier-II.
4. Elle est aussi directrice du Groupement de recherche « Exobio » qui cédera la place cette année, neuf ans après sa création, à une société savante d'« exobiologie ».
5. Institut CNRS / Universités Paris-VI et VII.
Frances Westall,
frances.westall@cnrs-orleans.fr
Marie-Christine Maurel,
maurel@ijm.jussieu.fr