
© C. Lebedinsky/CNRS Photothèque
Rien, pourtant, ne le destinait aux neurosciences ni à la France. Attiré par les langues et l'histoire, le jeune Sarde choisit de mener des études classiques « idéales pour se forger une structure de raisonnement ». À 18 ans, changement de cap. Officine familiale oblige, il opte pour un doctorat de pharmacie à l'Université de Cagliari. C'est l'occasion de côtoyer le Pr Gaetano Di Chiara, spécialiste mondial de la dépendance aux drogues et de la dopamine. « Je n'ai découvert que plus tard sa notoriété ! Mais il m'impressionnait par ses exposés sur le cerveau sous dépendance et le circuit cérébral commun à la récompense naturelle et aux drogues. » En pleine ébullition, ce domaine des neurosciences donne à Marcello matière à explorer. Il mène ainsi sa thèse sur les changements de la neurotransmission de dopamine – notre substance de récompense – au sein des zones cérébrales liées à la dépendance.
En 2000, son doctorat en poche, il a une idée fixe : traverser l'Atlantique. Le voici qui débarque à Baltimore, au National Institute on Drug Abuse (NIDA). C'est parti pour quatre ans de recherches : là sur les mécanismes d'action de la caféine, ici sur le rôle du « système cannabinoïde endogène » situé dans notre cerveau. Impliquant plusieurs molécules, celui-ci intervient dans l'inhibition de la douleur, dans la motricité ou encore dans la gestion de l'appétit. C'est sur ce même système que joue le cannabis, en mimant à l'excès l'effet des molécules secrétées par le cerveau. « Comme le cannabis, ce système peut moduler l'activité des systèmes dopaminergiques du cerveau mais sans produire de sensation de plaisir, donc sans risque de dépendance. » D'où l'intérêt croissant pour les cannabinoïdes à visée thérapeutique, capables d'avoir des effets positifs sans exposer au risque d'addiction. Objectifs : traiter les troubles alimentaires et la dépression – caractérisés notamment par un dérèglement de la motivation – ou encore faciliter la période de sevrage au cannabis, comme le montrent les résultats du chercheur publiés en mai 20073.
Entre-temps, lassé du système américain « centré sur le travail et la consommation », il souhaite avec son épouse française regagner le vieux continent. Quitte à renoncer à sa carrière et « s'ouvrir à d'autres expériences intéressantes ». Son recrutement comme chercheur invité à Poitiers, en 2004, ne lui en laissera pas le temps. Un an plus tard, il intègre le CNRS dans sa nouvelle ville d'attache. Autre labo, autre challenge : tout en poursuivant ses travaux sur les cannabinoïdes, Marcello creuse « l'influence, chez le rat, des conditions de vie sur l'effet des drogues ». À lui de monter l'activité de toutes pièces. Entendez la recherche de financement et l'acquisition progressive d'un équipement de pointe. « On commence enfin à être compétitifs et acceptés dans les publications prestigieuses. » Et de souligner, petit sourire aux lèvres, que la France lui a offert, « malgré le handicap de la langue », de belles opportunités professionnelles. Prochaine étape ? Consolider la recherche en neurosciences, et amener son labo au niveau mondial.
Patricia Chairopoulos
1. Étude publiée en novembre 2008 dans la revue PNAS ; voir www.cnrs.fr/presse/communique/1448.htm
2. Laboratoire CNRS / Université de Poitiers.
3. Voir www.cnrs.fr/presse/journal/3564.htm
Marcello Solinas
Institut de physiologie et biologie cellulaires, Poitiers, marcello.solinas@univ-poitiers.fr