Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Recherche européenne

Une vision pour 2020

Après six mois de présidence française à l'Union européenne, Izo Abram, directeur des affaires européennes du CNRS, en dresse le bilan en ce qui concerne la recherche.

izo

© CNRS Photothèque


Quel était le contexte, en matière de recherche, des débuts de la présidence française ?
Izo Abram :
La stratégie de Lisbonne, lancée en 2000, visait à créer à l'horizon 2010 un véritable marché intérieur de la recherche en Europe. Chaque pays s'engageait ainsi à consacrer à terme 3 % de son PIB à la recherche et à promouvoir la construction de l'Espace européen de la recherche, ou EER. Si l'Europe a pris du retard sur ses objectifs, l'ambition de chacun est restée intacte. Début 2008, le processus de Ljubljana a permis de relancer cette construction. La France a donc pris la direction de la recherche en Europe à un moment clé de son histoire. Dès le 1er juillet 2008, elle a mis en œuvre une vaste réflexion stratégique afin de définir les contours de l'EER pour les douze années à venir. C'est aujourd'hui chose faite. Le 2 décembre 2008, le Conseil de compétitivité, par la voix des ministres de la Recherche des 27 pays membres de l'Union européenne réunis à Bruxelles, a adopté précisément la « Vision 2020 pour l'EER » portée par la France.

Comment se dessine cette nouvelle Europe à l'horizon 2020 ?
I.A. :
Le texte met en avant trois idées majeures : poursuivre la promotion de l'excellence de la recherche, permettre la libre circulation des chercheurs, des connaissances et des technologies, et surtout, ancrer l'EER dans la société. C'est-à-dire demander aux acteurs de la recherche de se tenir prêts à répondre à ses besoins, à ses questionnements et à ses ambitions et non plus à soutenir la seule demande de l'industrie. Il s'agit là d'une idée novatrice, fondatrice de l'Europe de la recherche de demain. La place est faite pour une recherche ambitieuse, libre et créative, à l'image de celle portée de longue date par l'Eurohorcs1 puis par le très récent Conseil européen de la recherche (ERC).

Autre fait marquant sous la présidence française : le lancement de la programmation conjointe proposée par la Commission européenne…
I.A. :
C'est une idée tout à fait intéressante. Jusqu'à présent, la recherche coordonnée en Europe ne représentait qu'une petite fraction du total. Plus de 85 % du budget de la recherche provenait de financements exclusivement nationaux. La plus grande part de la recherche en Europe était donc basée sur une programmation nationale, souvent indépendante, sans aucune concertation. La programmation conjointe a été initiée pour établir un dialogue entre les pays membres et définir des stratégies concertées autour des grands défis actuels de la société. L'orientation de la recherche en Europe était jusqu'à présent déterminée soit par les besoins de l'industrie via le volet « coopération » des programmes-cadres, soit par les chercheurs à travers le Conseil européen de la recherche. Ce sont désormais également les grands enjeux sociétaux qui vont guider l'avenir de l'EER. Le vieillissement, la sécurité alimentaire, l'énergie ou l'économie numérique sont aujourd'hui quatre thématiques qui pourraient servir de pilotes.

Quel rôle le CNRS a-t-il joué ces six derniers mois ?
I.A. :
Le CNRS a été très présent. Il a participé avec les autres acteurs de la recherche française au groupe de travail sur lequel le ministère s'est appuyé pour élaborer ses propositions au Conseil « compétitivité » et il a été fortement impliqué dans l'organisation de plusieurs événements cet automne : la conférence marquant la première année de fonctionnement de l'ERC et présentant les premiers lauréats de l'appel « jeunes chercheurs » au Collège de France, celle de Versailles sur les grandes infrastructures de recherche ainsi que trois événements plus proches du grand public, comme les Rencontres européennes CNRS-Jeunes « Sciences et citoyens » à Poitiers, la Ville européenne des sciences au Grand Palais et enfin la conférence « Sciences en Société : dialogues et responsabilité scientifique » également à Paris. Le CNRS a aussi contribué à l'organisation d'un séminaire sur les partenariats public-privé2 et monté, avec son homologue tchèque, le Czelo, et le Stoa (Science and Technology Options Assessment3) un atelier consacré à l'évaluation et à l'étude d'impact des programmes cadres de recherche.

La République tchèque vient de succéder à la France. Les présidences se suivent, mais qu'en est-il des politiques stratégiques ?
I.A. :
La politique européenne est élaborée désormais par les trois pays qui président successivement l'Union et œuvrent tour à tour pour la conception, la mise en place puis la mise en œuvre d'une politique adoptée par les ministres de la Recherche des vingt-sept pays de UE, au Conseil de compétitivité. Ainsi, la présidence de la France est indissociable de celle de la République tchèque qui vient de démarrer et de celle de la Suède qui prendra le relais le 1er juillet prochain. La République tchèque a aujourd'hui pour mission de rédiger la feuille de route de la Vision 2020 adoptée par l'Europe, tandis qu'il reviendra à la Suède d'en assurer la mise en place.

Propos recueillis par Séverine Lemaire-Duparcq

Notes :

1. Association d'organismes de recherche européens dont le CNRS fait partie.
2. Via le Club des organismes de recherche associés (Clora).
3. Organe scientifique et technologique du Parlement européen.

Contact

Izo Abram
Direction des affaires européennes du CNRS, Paris
izo.abram@cnrs-dir.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique