Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Financement

Un fonds de dotation pour le CNRS

Jean Audouze, conseiller pour le mécénat scientifique auprès de la présidente du CNRS, nous explique l'intérêt et le fonctionnement du Fonds de dotation pour la recherche, qu'il travaille à mettre sur pied.

audouze

© DR


Qu'est-ce que ce Fonds de dotation pour le développement de la recherche, que le CNRS souhaite mettre en place ?
Jean Audouze :
À l'image des structures qui ont cours depuis longtemps dans les pays anglo-saxons, et notamment aux États-Unis, il s'agit d'un fonds financé de manière privée par des actions de mécénat. Il ne modifiera en rien le fonctionnement actuel du CNRS et ne se substituera en aucune manière au financement public, les proportions étant sans commune mesure. Il n'est donc absolument pas question d'une « privatisation » du CNRS mais simplement d'une source de financement supplémentaire, que nous souhaiterions de 10 à 100 millions d'euros en capital pour pouvoir générer, en partie grâce à des placements, des revenus de quelques millions d'euros par an.

Pourquoi le créer maintenant ?
J.A. :
Depuis plus d'une dizaine d'années, le gouvernement français encourage le rapprochement de la recherche publique (universités, grandes écoles et organismes publics de recherche) avec le monde de l'entreprise. Dans cette dynamique, la loi de modernisation de l'économie du 4 août dernier a créé un dispositif nouveau, appelé « fonds de dotation », qui permet à présent, et pour la première fois en France, de créer le fonds en question. Le CNRS profite donc de cette nouvelle opportunité pour consolider sa politique de partenariat avec le privé, en prise directe avec la société et les entreprises.

Quels sont les avantages par rapport au budget public du CNRS ? À quoi ce fonds servira-t-il exactement ?
J.A. :
La structure, plus petite et plus souple, devrait permettre de prendre des décisions plus rapidement et de miser sur des projets de recherche moins classiques que les autres. Par exemple, le fonds pourrait financer le séjour en France de grands scientifiques étrangers qui, avec nos chercheurs, participent au rayonnement de la recherche française dans le monde. Le fonds pourrait aussi doter d'un nouvel appareil, ou même d'un nouveau bâtiment, un laboratoire qui en aurait un besoin urgent. On pense aussi au financement de projets intéressants mais dont les chances de réussite, peu élevées, risqueraient de décourager un chercheur de s'y consacrer : le fonds pourrait assurer à celui-ci un soutien à moyen ou long terme en dépit d'une éventuelle absence de résultats. Enfin, le fonds pourrait financer des projets de recherche qui peinent à trouver leur place dans le budget du CNRS car ils sont à cheval sur quatre ou cinq disciplines ou bien parce qu'ils n'ont pas été jugés prioritaires.

Quel est le calendrier des évènements ?
J.A. :
Le projet reste à avaliser par le conseil d'administration du CNRS, en mars en principe. Et si tout se passe bien, nous devrions financer nos premiers projets dès l'été prochain. J'ai déjà de nombreux contacts avec des membres fondateurs1 potentiels et de possibles donateurs principaux2 qui pourraient financer le fonds. Le CNRS bénéficie d'une excellente image de marque et les portes s'ouvrent facilement. Il s'agit d'industriels qui entretiennent déjà un partenariat avec le CNRS, ou même de personnalités individuelles. Leur participation sera évidemment visible et valorisée publiquement.

Qui dirigera le fonds ?
J.A.
: La gouvernance sera partagée entre les membres fondateurs, les donateurs principaux et le CNRS. Ce dernier disposera toutefois d'une minorité de blocage. Cela signifie par exemple qu'il pourra bloquer une décision dans le cas exceptionnel où il considérerait qu'elle va à l'encontre de la mission du CNRS. Mais les fondateurs auront toujours leur mot à dire et nous souhaitons fortement qu'un dialogue s'instaure aussi souvent que possible pour faire émerger de nouvelles réflexions issues de ce partenariat avec les acteurs de la société et de l'économie.

Qui pourra solliciter un financement de la part du fonds ?
J.A. :
Les équipes de toutes les disciplines, à condition qu'elles comprennent au moins un chercheur du CNRS. Elles devront d'abord déposer un dossier et être sélectionnées par la direction générale du CNRS qui effectuera un premier tri avant de les présenter au conseil d'administration du fonds. Les membres fondateurs sont également habilités à proposer d'autres projets.

Que pensez-vous de cette culture du mécénat ?
J.A.
: Elle est encore faible en France. Mais la loi de modernisation de l'économie (lire plus haut) et notre fonds pourraient contribuer à ce qu'elle se développe enfin. Ce type de structure offre de grandes opportunités pour la recherche. Songez aux télescopes de l'observatoire Keck à Hawaii, essentiellement subventionnés par la fondation privée William Keck, et, bien sûr, aux prix Nobel décernés par l'Académie royale des sciences de Suède et financées par la Fondation Alfred Nobel.

Propos recueillis par Charline Zeitoun

Notes :

1. Personnes physiques ou morales acceptant de verser une somme minimale qui reste à fixer (de l'ordre de 500 000 euros par exemple).
2. Ils s'engageraient à verser des montants moindres que les fondateurs mais régulièrement et sur une durée minimale (de l'ordre de trois à cinq ans).

Contact

Jean Audouze,
jean.audouze@cnrs-dir.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique