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Mécanique des fluides

Un bouclier contre la colère des mers

Protéger nos côtes de l'érosion causée par la houle, voire d'éventuels tsunamis ? Mettre à l'abri de ces terribles vagues les plateformes pétrolières ? Ce sera peut-être bientôt possible grâce à un drôle de bouclier imaginé par des chercheurs : un réseau de piliers espacés de quelques dizaines de mètres et disséminés le long du rivage à sauvegarder.
L'idée vient des équipes de Stefan Enoch, de l'Institut Fresnel 1, à Marseille, et d'Alexander Movchan, à Liverpool, et s'inspire du concept d'invisibilité : en 2007, Sir John Pendry, professeur à l'Imperial College de Londres, avait réalisé un vieux rêve de la science-fiction en montrant qu'on pouvait rendre invisible un objet grâce à des matériaux disposés convenablement autour 2. Or les lois qui régissent le comportement des ondes lumineuses sont très proches, « du point de vue des équations », de celles qui s'appliquent aux ondes « matérielles » comme les vagues. Stefan Enoch et ses collègues ont donc appliqué ce principe aux milieux liquides.
Leur expérience : un bassin, tenant sur une table, rempli d'un liquide et pourvu d'un disque au centre. De la taille d'une main et effleurant la surface, le disque est hérissé de petits plots. Dès que la surface du liquide est mise en mouvement, les vaguelettes sont renvoyées par les plots et s'annulent mutuellement au centre du disque. Résultat : c'est le calme plat dans cette zone.
Des résultats mathématiques, obtenus par Sébastien Guenneau, un membre de l'équipe, doublés de simulations numériques, avaient déjà montré que seul l'agencement des plots compte ici pour obtenir ce résultat. « La structure fonctionne dans toute une gamme de longueurs d'ondes », souligne Stefan Enoch. Autrement dit, moyennant l'utilisation de piliers à la place des plots, le principe pourrait être appliqué aux vagues réelles. Même celles d'un tsunami. Une plateforme pétrolière encerclée d'un tel bouclier serait ainsi protégée des puissantes lames de fond, d'après Stefan Enoch. Parfaitement approprié à des zones entièrement entourées d'eau, ce principe de bouclier anti-tsunamis peut-il aussi bénéficier aux côtes ? Oui, estiment les chercheurs, à condition toutefois d'adapter la forme de la structure à la géométrie du rivage.
L'agence chargée de la protection des côtes britanniques s'est montrée très intéressée et devrait débuter bientôt des tests en bassin. Outre-Manche, on ne craint pas un tsunami, mais le travail de sape de l'érosion. Sur les bords de la Manche, les vagues grignotent chaque année plus de vingt centimètres aux falaises de craie. En jalonnant une partie des côtes d'un système inspiré de celui de l'équipe française, l'agence britannique pense réduire l'effet dévastateur de la houle.

Xavier Müller

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Universités Aix-Marseille-I et III / École Centrale Marseille.
2. Voir Le journal du CNRS, n° 219, avril 2008, p. 12.

Contact

Stefan Enoch,
Institut Fresnel, Marseille
stefan.enoch@fresnel.fr


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