Jean-Jacques Beineix, parrain de Cinémascience, espérait une «
réaction chimique » pour la première édition de ce festival. Et elle a bien eu lieu, avec 6 000 spectateurs tout au long de la semaine, 60 films projetés, plus de 30 débats, des échanges féconds entre scientifiques et cinéastes et un final en apothéose avec un grand film vainqueur,
Poppy Shakespeare, de Benjamin Ross. «
C'est un bon succès populaire, a commenté, enthousiaste, Arnaud Benedetti, directeur de la communication du CNRS,
d'autant que la fréquentation a augmenté au fil des jours. »

© B. Lafosse/CNRS
Jean-Jacques Beineix, parrain du festival, invité de la Tête au carré sur France Inter.
Les débuts d'un festivalLe pari n'était cependant pas gagné. Faire rencontrer la science et le cinéma autour d'un évènement ludique, pédagogique et populaire porté par le CNRS, voilà une initiative qui sur le papier pouvait laisser perplexe. Pour autant, ces deux univers ont toujours eu des liens très étroits. «
Indiana Jones, après tout, est un archéologue », rappelle Arnaud Benedetti. D'ailleurs, le chercheur se révèle être un personnage parfait pour le cinéma. «
On le présente souvent comme un incompris qui lutte contre un système. Il a un savoir mais n'arrive pas à se faire entendre et à communiquer », nous dit Matteo Merzagora, auteur d'un ouvrage sur les rapports entre sciences et cinéma
1. «
Par ailleurs, les thèmes scientifiques comme le clonage ou le réchauffement climatique sont très souvent utilisés par le cinéma à des fins dramatiques », poursuit-il. Bien plus, pour Catherine Bréchignac, présidente du CNRS, depuis que le septième art est né, à la fin du XIX
e siècle, «
des progrès des sciences et des techniques », cinéastes et chercheurs poursuivent le même objectif : la compréhension du monde et de la société des hommes. Ils façonnent deux univers – la recherche et le cinéma – qui forcément «
se croisent, s'interpénètrent et se nourrissent l'un et l'autre pour stimuler notre imaginaire, nous apprendre et nous faire comprendre », poursuit-elle. Pour Dominique Wolton, directeur de l'Institut des sciences de la communication du CNRS, le chercheur et le cinéaste «
combinent tous deux imaginaire et rationalité », et pour Arnold Migus, directeur général du CNRS, «
le chercheur a avec l'artiste de nombreux points communs : ils alimentent leur travail de réflexion, d'intuition et d'observation et savent prendre des risques ».
Malgré cette proximité évidente, personne n'avait encore eu l'idée d'apparier la science et le cinéma autour d'un grand rendez-vous festivalier. Et Jean-Jacques Beineix d'enfoncer le clou : «
Ce festival, il fallait le créer ! » Le CNRS et ses partenaires – dont la Région Aquitaine, la Mairie de Bordeaux et la Communauté urbaine de Bordeaux (lire l'encadré ci-dessous) – ont su relever le défi et captiver des scolaires, le grand public, les professionnels du cinéma et la communauté scientifique autour d'une programmation de films internationaux de qualité.
Un casting varié
Une tâche hautement délicate à accomplir que de réunir une soixantaine de films ayant une connexion évidente avec les sciences et pour la plupart inédits en France. Et un pari là aussi largement tenu avec au total une soixantaine de films en projection, dont onze en compétition officielle. Ces derniers, produits durant les deux dernières années et inédits en France, ont illustré les diverses possibilités de rencontre entre science et cinéma. « Ils ont été sélectionnés car leurs sujets rentrent en correspondance avec les différents champs de recherche du CNRS », explique Denise Anderson, programmatrice du festival. On y croise des rêves de conquête spatiale chiliens (Chili puede), on y évoque des relations sentimentales complexes entre humain et robot (Cyborg she), on y retrace des épopées historiques (Korolev), on y aborde le problème du clonage (Proyecto dos), de la place des pathologies mentales dans nos sociétés (Poppy Shakespeare) ou de la pollution industrielle (La très très grande entreprise). Bref, chaque film a offert un regard singulier et percutant sur des sujets de société souvent graves.

© B. Lafosse/CNRS
Benjamin Ross, réalisateur de Poppy Shakespeare, grand vainqueur du festival.
Tel le grand gagnant de cette compétition,
Poppy Shakespeare, du britannique Benjamin Ross, qui a reçu le prix du jury jeune, composé de lycéens de la région Aquitaine, et le prix du jury, présidé par Régis Wargnier (
lire l'encadré « Le palmarès »). Ce dernier, composé également de l'acteur José Garcia, du physico-chimiste Philippe Garrigues
2, de l'astrophysicien Jean-Pierre Luminet
3 et de la spécialiste en neurosciences Aline Marighetto
4, a tout autant jugé les films sur leurs qualités cinématographiques que sur la pertinence scientifique de leur propos. Ce jury a aussi particulièrement apprécié le film australien
The black balloon, d'Elissa Down, qui traite avec délicatesse du douloureux problème de l'autisme.
Les autres films de ce festival ont été présentés dans la sélection « Nouveau regard ». Soit pour Marie-Hélène Beauvais, déléguée générale du festival, «
une invitation à découvrir ou à redécouvrir des films internationaux récents qui mettent en lumière de manière novatrice et singulière des problématiques précises comme le fichage génétique, les rapports à la nourriture, ou encore les méandres de l'introspection psychanalytique ». Parallèlement, des avant-premières de films très grand public ont témoigné de la riche interaction de la science et du cinéma, notamment dans le domaine de l'animation. Parmi eux, citons les très remarqués
Fly me to the moon, le premier film européen tourné en 3D, ou
Les ailes pourpres : le mystère des flamants, film projeté en clôture et premier documentaire animalier labellisé Disney Nature.
Enfin, la sélection « Rétrospective » a démontré que depuis sa naissance, le septième art s'est toujours inspiré de la science. Les cinéastes ont en effet très vite fait de la planète l'un de leurs sujets favoris et ils se sont également hissés avec aisance et force imagination dans l'infiniment grand et l'infiniment petit, des confins de l'Univers jusqu'aux méandres profonds du cerveau. Les grands maîtres, Hitchcock, Cronenberg, Lang, Resnais…, se sont ainsi croisés dans cette sélection où ont été proposés des classiques comme
La mouche, La planète des singes,
Métropolis ou encore
Mon oncle d'Amérique.
Les chercheurs en haut de l'affiche
Côté débats, une trentaine de scientifiques sont intervenus à l'issue des projections pour prolonger la réflexion et répondre aux inévitables questions soulevées par les films. Des échanges souvent d'une très grande richesse, et l'occasion pour les scientifiques de mettre les pendules à l'heure sur les approximations scientifiques de certains films que n'ont pas manqué de pointer certains spectateurs vigilants : « L'histoire est-elle crédible ? », « Le cinéaste a-t-il consulté des scientifiques pour réaliser le film ? »… Les questions amenées par le public ont permis de mettre en évidence que « cinéastes et chercheurs ne travaillent pas sur le même rythme », note la chercheuse Hélène Budzinski. « Un film démontre un fait en très peu de temps, il est parfois obligé de faire des approximations et d'opérer des raccourcis. Ce que ne peut pas se permettre la science, qui ne détient pas de vérité absolue. » Une fois n'est pas coutume dans ces pages, laissons la conclusion à l'acteur José Garcia, à qui ce festival a offert « un regard différent sur les films et un formidable vivier de connaissances ». Et de souhaiter longue vie à ce festival.
Fabrice Impériali
Tout sur le festival
www.cnrs.fr/cinemascience/
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Le festival Cinémascience tient à remercier ses partenaires : Le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, la Région Aquitaine, la Mairie, le Rectorat et la Communauté urbaine de Bordeaux, Cap sciences, CMC, Filminger, Eutelsat, la Commission nationale française pour l'Unesco, France 3 Aquitaine, Terre TV, Scifi, France Bleu Gironde, Le mouv', Athena web, Science&vie, Sud-Ouest, Télérama et la librairie Mollat. |
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© B. Lafosse/CNRS Le jury du festival, présidé par Régis Wargnier, et des membres du jury Jeunes.
Le palmarès Poppy Shakespeare, du réalisateur britannique Benjamin Ross, a reçu le prix du jury du premier festival international du film Cinémascience à Bordeaux. Ce film, qui raconte l'histoire d'une amitié improbable dans l'univers psychiatrique, s'est vu décerner également le prix du jury Jeune. La très très grande entreprise, du cinéaste Pierre Jolivet, a obtenu le prix du public.
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