Santé
Un espoir pour une grave maladie de l'œil
C'est une maladie rare mais très grave : touchant plus de 6 000 personnes en France, la neuropathie optique héréditaire de Leber (NOHL) entraîne une perte de la vision souvent irréversible, voire une cécité complète. À ce jour, il n'existe aucun traitement. Marisol Corral-Debrinski et ses collègues, à l'Institut de la vision
1, à Paris, ont pourtant réussi à traiter des animaux souffrant de cette pathologie
2. «
Se caractérisant par la mort des cellules de la rétine – les cellules ganglionnaires – et l'atrophie du nerf optique, la NOHL est due, dans 60 % des cas, à une anomalie sur un gène appelé ND4. Pour la traiter, nous avons donc pensé à utiliser la thérapie génique, qui consiste à injecter, dans les cellules de l'œil, une version normale de ce gène », précise Marisol Corral-Debrinski, chargée de recherche du CNRS.
«
En fait, notre stratégie est plus complexe que la thérapie génique classique, testée actuellement pour d'autres maladies, comme la myopathie de Duchenne. Car le gène ND4 ne se trouve pas dans le compartiment de nos cellules qui enferme la plupart de nos gènes, le noyau, mais dans un autre, la mitochondrie, où il est moins aisé de faire entrer des gènes médicaments », poursuit la chercheuse. Et pour cause, la mitochondrie est entourée de deux membranes, et non d'une seule comme le noyau. Les scientifiques y sont tout de même parvenus en utilisant comme transporteur du gène ND4 normal un virus inoffensif, le virus adéno-associé (AAV). Testée sur des rats atteints de l'anomalie génétique responsable de la NOHL, cette thérapie a permis d'éviter la cécité chez les animaux soignés avant l'évolution irréversible de la maladie (avant 14 jours). «
Débutés en mars 2006 dans le cadre de la thèse de Sami Ellouze, nos travaux ont été de longue haleine : nous avons d'abord dû générer pas moins de 150 animaux portant le gène ND4 anormal et tester la thérapie sur la moitié d'entre deux », précise la chercheuse.
Les biologistes souhaiteraient maintenant tester leur stratégie chez un animal plus proche de l'homme : le singe. «
Pour ces travaux, nous espérons être aidés financièrement par des associations, en particulier l'Association française contre les myopathies, initiatrice du célèbre Téléthon », indique Marisol Corral-Debrinski. Si tout se passe bien, mais pas avant au moins quatre ans, les chercheurs pourront enfin passer à des tests chez des patients.
Kheira Bettayeb
Notes :
1. Lire Le journal du CNRS, n° 216-217, janvier-février 2008, p. 33.
2. Résultats publiés dans The American Journal of Human Genetics, septembre 2008.