
© P. Dasher/CNRS Photothèque
Françoise Gaill, Directrice du département « Environnement et développement durable » (EDD)
Deux mille neuf sera l'année du bicentenaire de la naissance de Charles Darwin. Père des théories de l'évolution et de la sélection naturelle, le célèbre naturaliste anglais a définitivement modifié notre vision de l'histoire du vivant. Il est sans aucun doute à l'origine du cadre conceptuel le plus important de la biologie moderne basé sur l'immense variabilité du vivant sur la Terre. Essentielle pour la compréhension du monde auquel nous appartenons, cette notion constitue en effet l'une des grandes énigmes de la science moderne : pourquoi tant d'espèces coexistent-elles ? Comment se forment-elles ? Pourquoi et comment une telle diversité de formes, de structures, d'organisations, de complexités ? Toutes ces questions sont au cœur de nombreuses recherches menées au CNRS.
Comprendre l'origine de la biodiversité, son organisation, son maintien conduit tout naturellement à travailler sur les mécanismes de l'évolution. Depuis la conférence de Rio de Janeiro en 1992, la biodiversité, parce qu'elle est un élément important de la stabilité des écosystèmes, est aussi devenue une question de société et l'un des enjeux majeurs du développement durable. Ainsi, le département « Environnement et développement durable » (EDD) du CNRS, créé en 2006, a fait de l'étude de l'histoire et de la dynamique de la biodiversité une priorité. Dans ce domaine, le CNRS est à l'origine de plusieurs groupements de recherche internationaux orientés vers différentes régions du monde, notamment la Guyane, les Dom-Tom, l'Afrique australe et l'Asie.
C'est encore aux mécanismes de l'évolution que l'on se réfère lorsqu'il s'agit de comprendre les réponses adaptatives des organismes vivants, soumis à des conditions extrêmes ou à un environnement en mutation. On pense notamment au changement climatique en cours. C'est encore eux qui nous permettront, par exemple, d'analyser les réponses des populations et des espèces aux innombrables polluants issus des activités humaines.
Les processus évolutifs agissent à tous les niveaux, du génome à l'écosystème en passant par l'individu, la population et l'espèce ; ils sont de nature variée : moléculaires, physiologiques, morphologiques, comportementaux, etc. Par ailleurs, ils sont généralement lents et doivent être étudiés sur des durées allant de quelques générations à des centaines ou milliers d'années, voire à l'échelle des temps géologiques. On perçoit ici toute la difficulté de comprendre l'origine des nouveautés évolutives et de reconstruire l'arbre du vivant dans son ensemble. Ces défis constituent pourtant une véritable obsession pour nombre de chercheurs au CNRS et ailleurs ; les progrès sont notables mais beaucoup reste à faire. Le CNRS et le département EDD sont par exemple très présents dans le domaine des paléoenvironnements et en paléontologie. On rappellera les avancées considérables sur l'histoire de l'origine de l'homme, puisque des découvertes récentes ont permis d'ancrer la lignée humaine beaucoup plus profondément dans le temps, passant de 3,5 à 7 millions d'années. Le CNRS est notamment à l'initiative d'un groupement de recherche international France-Tchad-États-Unis en paléontologie.
Le CNRS et le département EDD placent donc les sciences de l'évolution au cœur de nombreuses thématiques de recherche. Pour ce département, l'étude de la biodiversité actuelle et passée est indissociable de la mise en œuvre d'actions de conservation, de gestion et de valorisation. Ses autres priorités sont les relations hommes-milieux et l'analyse écologique, qui prend en compte les relations entre le vivant et son environnement et exige une connaissance détaillée des aspects fonctionnels et de la dynamique des systèmes écologiques.
Le CNRS donne ici un signe fort contre le retour en Europe et en France des courants de pensée qui rejettent l'évolution (« créationnisme » et « dessein intelligent »). L'évolution est une théorie scientifique amplement démontrée par des faits évolutifs incontestables et, si les mécanismes ne sont pas encore compris dans leur totalité, nombre de ses laboratoires y travaillent.