

© L.Godart/CEA
Le réacteur Osiris (Saclay) n'est pas destiné à produire de l'électricité mais à étudier les matériaux et combustibles des centrales nucléaires du futur.
Dans l'eau et dans le vent
Après le bois, qui présente un bilan équilibré en matière d'émissions de CO2, l'énergie hydraulique est la source d'énergie renouvelable la plus utilisée. Elle assure 16 % de la production d'électricité dans le monde et 12 % en France. Et lorsque les centrales hydrauliques sont associées à des retenues d'eau, elles ont l'énorme avantage de pouvoir adapter la production d'électricité à la demande du réseau. De son côté, l'industrie du vent n'en demeure pas moins florissante. « Grâce à une politique incitative, il y a eu un développement très spectaculaire de l'éolien. Au milieu des années 1990, il n'y avait quasiment aucun parc éolien et aujourd'hui, la puissance installée dans le monde est de 100 GW (moins de 1 % de l'énergie produite dans le monde). L'Allemagne, les États-Unis et l'Espagne concentrent la moitié de cette production, suivis par la Chine et l'Inde », expose Michel Deshaies, du Centre d'études et de recherche sur les paysages (Cerpa) de l'université de Nancy-II. Un succès largement attribué à la loi sur les énergies renouvelables, instaurée en Allemagne en 2000 et reprise dans plus de 40 pays. En France, à travers cette loi, « on garantit aux producteurs d'électricité d'origine renouvelable des tarifs de rachat plus élevés que ceux du marché et ce, pendant quinze à vingt ans. C'est idéal pour attirer les investisseurs », estime Dominique Finon, directeur du Laboratoire d'analyse économique des réseaux et des systèmes énergétiques (Larsen)5.
Deux facteurs empêchent toutefois l'éolien de s'imposer sur le marché : son encombrement, et surtout son irrégularité de production. « Les parcs éoliens tournent environ un tiers de l'année et pas forcément au moment de pointes de consommation. Pour éviter les ruptures de production, des pays comme l'Allemagne, l'Espagne ou le Danemark disposent d'importants parcs de centrales thermiques à côté de leurs parcs éoliens. Lorsqu'ils s'arrêtent, les centrales à charbon, qui sont des systèmes assez souples, prennent le relais. Paradoxalement, ces pays qui produisent beaucoup d'électricité renouvelable émettent donc aussi d'importantes quantités de CO2 ! », fait remarquer Michel Deshaies. La parade ? Pouvoir stocker massivement l'électricité et la restituer en fonction des besoins. Plusieurs solutions sont à l'étude (batterie électrochimique, stockage thermique…) et restent très attendues par toutes les filières du renouvelable.
© L. Vautrin/EDF Médiathèque EDF exploite au Sud de la Corse un ensemble d'ouvrages hydrauliques, comme ici le barrage de la Tolla sur le Prunelli.
L'enjeu du charbon propre
Quid justement du charbon, qui représente actuellement 26 % de la production mondiale d'énergie ? Ce combustible demeure une ressource abondante, certes non renouvelable mais relativement bon marché et facile à exploiter pour produire de l'électricité mais aussi des carburants de synthèse. La Chine et l'Inde ont d'ailleurs largement retenu cette option pour assurer leurs besoins croissants en électricité. L'enjeu pour les décennies à venir est donc de réussir à exploiter le charbon proprement, sans rejeter de gaz à effet de serre (GES) supplémentaires dans l'atmosphère. En Allemagne et aux États-Unis, des unités de « lavage » de fumées permettent de limiter les émissions d'azote et de soufre des centrales à charbon. Et côté CO2 ? « Les États-Unis ont installé plus de 1 000 km de pipelines pour transporter le CO2 et l'injecter dans des cavités naturelles. Mais cette solution est encore très coûteuse. De plus, il faut arriver à maîtriser le stockage et s'assurer que, dans plusieurs centaines d'années, le CO2 séquestré ne va pas remonter en surface », souligne Jean-Bernard Saulnier.
Les promesses du solaire
Le solaire photovoltaïque, qui permet de transformer l'énergie solaire en électricité et qui a lui aussi bénéficié du soutien des pouvoirs publics, est sans conteste le plus prometteur. La puissance de 10 GW installée dans le monde reste modeste mais pourrait dépasser les 1 000 GW d'ici à 2030, selon un rapport récent de l'European Photovoltaic Industry Association. Une croissance qui peut aller encore plus loin, et bénéficier à plus de pays, si l'on en croit Daniel Lincot, de l'Institut de recherche et de développement sur l'énergie photovoltaïque (Irdep)6 : « La quantité d'énergie solaire qui arrive sur Terre chaque année est considérable, 10 000 fois supérieure à la consommation énergétique totale de l'humanité. »
La priorité ? Faire baisser le coût de production du photovoltaïque. Pour cela, deux solutions : accélérer son développement, ce qui induira des réductions de coût par effet d'échelle, et diminuer la quantité de silicium des cellules photovoltaïques dont la transformation est onéreuse. Grâce à ce type de leviers, avance Daniel Lincot, « le photovoltaïque a déjà vu son coût divisé par 20 en dix ans, et l'électricité photovoltaïque devrait devenir compétitive d'ici une dizaine d'années en Europe ».
D'autres sources d'énergies figureront sans aucun doute en bonne place dans le paysage énergétique de demain. Et notamment la chaleur du sous-sol. En plein essor et objet de nombreuses recherches, la géothermie présente l'avantage de jouer sur deux tableaux : elle permet la production d'électricité, mais aussi le chauffage direct de bâtiments. Autre source d'énergie qui se « renouvelle » sans cesse, et pour cause : les déchets. Récupération de la chaleur produite par leur incinération, production d'électricité, fabrication de biogaz exploitables pour l'industrie notamment… La valorisation des déchets a aussi une belle carte à jouer.
L'énergie des plantes
Passons à une catégorie issue de la biomasse : les biocarburants. Ceux-ci comportent deux familles : le biodiesel (huile extraite du colza, du tournesol…) et le bioéthanol (tiré de la fermentation des sucres contenus dans les betteraves, le blé, le maïs…).
Leur mission est de taille : il s'agit de se substituer au pétrole dans la fabrication des carburants. D'autant plus difficile que leur rôle dans la réduction des émissions de CO2 semble marginal. « Avec le biodiesel, indique Didier Hauglustaine, du Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE)7, cette réduction est d'environ deux tiers, mais avec le bioéthanol de maïs, elle est d'un quart seulement. Par ailleurs, la production intensive exige le recours à des quantités importantes d'engrais azotés, qui polluent les ressources en eau. » Dans le cas de la canne à sucre, 70 % de cet azote se retrouve dans les eaux et dans l'atmosphère où il se dégrade notamment en protoxyde d'azote (N2O), un très puissant gaz à effet de serre. Les estimations de l'Allemand Paul Crutzen, Prix Nobel de chimie en 1995, montrent que « la production d'un litre d'agrocarburant pourrait contribuer jusqu'à deux fois plus à l'effet de serre que la combustion de la même quantité de combustible d'origine fossile, poursuit Didier Hauglustaine. Ces données ne sont pas à prendre pour argent comptant car on connaît encore mal le cycle de l'azote et l'émission de N2O qui résulte de ces pratiques agricoles ».
Sans crier haro sur les biocarburants, Pierre Matarasso, directeur scientifique adjoint du département « Environnement et développement durable » du CNRS, insiste pour sa part sur la nécessité de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. « On ne peut pas traiter la question des biocarburants sans réfléchir d'abord à notre usage de l'automobile et à la façon d'optimiser l'efficacité énergétique des transports dans leur ensemble, dit-il. Les biocarburants ne peuvent avoir un sens que lorsque nous aurons fortement accru les transports collectifs et mis en place des “micro-” ou “nanovéhicules” possédant une motorisation qui n'aura pas besoin de dépasser 10 kW ou encore des “microbus” jouant le rôle de taxis collectifs destinés aux transports individuels urbains et périurbains. » Il n'empêche que l'Europe s'est fixé une incorporation de biocarburants à sa consommation de carburants de 5,75 % en 2010 et de 8 % en 2015.

© C. Hein pour Le journal du CNRS
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L'évaluation du potentiel d'utilisation des énergies renouvelables en 2020 a été réalisée en 1992 par Benjamin Dessus, Bernard Devin et François Pharabod, membres de l'association de scientifiques Global Chance, à partir de données physiques, techniques et socio-économiques. Bien que certaines applications technologiques aient été abandonnées depuis et que d'autres soient apparues, la plupart des hypothèses émises il y a seize ans restent valables. (Source : Les cahiers de Global Chance, n° 15.)
Les économies ont la cote
Optimiser l'efficacité énergétique des appareils qui nous entourent : un point crucial de la transition énergétique. C'est ainsi que l'Europe se mobilise pour tenter de réduire sa consommation d'énergie de 20 % d'ici à 2020 et éviter l'émission de près de 800 millions de tonnes de CO2 dans l'atmosphère. Dans ce domaine, les équipes du CNRS s'intéressent aux moteurs mais aussi à l'habitat, qui consomme 30 % de l'énergie mondiale : « Grâce au couplage du solaire photovoltaïque et thermique, à l'amélioration des isolants, à l'optimisation des chaudières, à l'élaboration de matériaux efficaces comme des vitres intelligentes… nous espérons, d'ici à dix ans, obtenir des bâtiments “zéro énergie” à des coûts raisonnables », annonce Jean-Bernard Saulnier.
Mais ces économies d'énergie ne devraient-elles pas aussi venir… des usagers ? Un exemple, assez effrayant : le 17 décembre 2007, à 19 h, les Français ont atteint un pic de consommation électrique de près de 90 GW. Avec ses 58 réacteurs nucléaires, 28 centrales thermiques, 447 barrages hydroélectriques et 1 049 éoliennes… la France n'a pas réussi à satisfaire la demande et a dû importer de l'électricité des pays voisins. « La plupart des adultes renâclent à l'idée de prendre des mesures d'austérité en matière d'énergie. Ils comptent davantage sur les grandes décisions politiques pour changer le monde, dit Christine Meunier-Castelain. Les jeunes accordent beaucoup plus d'importance à leurs gestes quotidiens. Leurs pratiques, leurs aspirations, leurs recherches d'emploi… sont davantage tournées vers l'environnement. » La jeune génération annoncerait-elle le début d'une nouvelle société, moins énergivore ?
Laurianne Geffroy
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Plaidoyer pour l'énergie solaire |
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À quand la fin de l'or noir ? Contact : Dominique Finon, finon@centre-cired.fr |
1. Laboratoire CNRS / ENS Cachan / Cnam Paris / Université Cergy-Pontoise.
2. Institut CNRS / Université Paris-XI.
3. Lire « Énergie nucléaire, le nouvel élan », Le journal du CNRS, n° 195, avril 2006.
4. Centre CNRS / EHESS.
5. Groupement d'intérêt scientifique CNRS / EDF / Université Paris-Sud-XI.
6. Institut CNRS / EDF / ENSCP.
7. Laboratoire CNRS / CEA.
> Bernard Multon,
bernard.multon@bretagne.ens-cachan.fr
> Jean-Bernard Saulnier,
jean-bernard.saulnier@cnrs-dir.fr
> Claude Stephan,
stephan@ipno.in2p3.fr
> Christine Meunier-Castelain,
castelai@ehess.fr
> Michel Deshaies,
michel.deshaies@univ-nancy2.fr
> Dominique Finon,
finon@centre-cired.fr
> Daniel Lincot,
daniel-lincot@enscp.fr
> Didier Hauglustaine,
dhauglustaine@esf.org
> Pierre Mararasso,
matarass@centre-cired.fr