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Rama Cont

rama cont

© S. Godefroy/CNRS Photothèque


Un éclaireur dans la jungle financière
La crise financière qui secoue la planète aura au moins eu cela de bon : les instances régulatrices des marchés s'intéressent de plus près aux travaux des chercheurs qui étudient la finance. Rama Cont est de ceux-là. À 36 ans, ce jeune directeur de recherche, qui vient de rejoindre le Laboratoire de probabilités et modèles aléatoires1, à Paris, après deux ans passés à l'université Columbia, à New York, est de plus en plus sollicité : « Les médias et les organes de régulation nous demandent d'intervenir pour éclairer les racines de la crise actuelle. »
« Nous », ce sont les chercheurs spécialisés dans la modélisation quantitative en finance. Un sujet qui a fasciné très tôt le jeune étudiant iranien, arrivé en France en 1987. « À Polytechnique, j'ai suivi en parallèle des cours de physique statistique et d'économie, disciplines qui reposaient toutes les deux sur le concept d'équilibre. J'ai été frappé par ces analogies et j'ai voulu creuser plus loin. » Avec deux DEA en poche, l'un de physique théorique et l'autre de mathématiques, il commence une thèse au Commissariat à l'énergie atomique sous la direction de Jean-Philippe Bouchaud, Médaille d'argent du CNRS en 1995. « Il s'agissait d'appliquer des concepts de la physique à la modélisation statistique des marchés financiers, explique-t-il. C'était une véritable aventure intellectuelle… Jean-Philippe Bouchaud est un chercheur à la pensée originale et cette approche m'a placé au cœur de débats passionnants, à la confluence de plusieurs domaines. »
La modélisation mathématique en finance commence alors à gagner ses lettres de noblesse ; en 1997, le prix Nobel d'économie est attribué aux Américains Robert C. Merton et Myron S. Scholes, pionniers de la discipline. Le CNRS décide de soutenir la recherche sur ce sujet en créant en 1998 un poste interdisciplinaire entre mathématiques et économie. « La finance quantitative se situe au carrefour des mathématiques appliquées, des statistiques et de l'économie. Encourager cette discipline était une gageure pour le CNRS… et pour moi une grande chance, se souvient le chercheur, qui entre alors au Centre de mathématiques appliquées (CMAP)2, à Palaiseau. J'ai collaboré avec une équipe de haut niveau. Pour un jeune chercheur, cette indépendance offerte sur un plateau, c'était un luxe ! » Rama Cont s'intéresse alors à la modélisation des risques financiers. Comment les institutions financières, les instances de régulation et les investisseurs peuvent-ils quantifier les fluctuations boursières et maîtriser les risques financiers qui en résultent ? Il s'intéresse notamment aux limites de validité des modèles classiques : les discontinuités dans les prix, les krachs, l'impact des stratégies de gestion sur la volatilité boursière, l'incertitude sur le choix d'un modèle… et la façon dont il faut peaufiner la modélisation pour prendre en compte tous ces paramètres. Des recherches qui lui vaudront le prix de l'Institut Europlace et qui, dans le contexte de la crise, prennent tout leur sens aujourd'hui. « Les premiers modèles mathématiques en finance ont tenté de représenter les fluctuations du cours d'une seule action, explique-t-il. Ces modèles ont ensuite été étendus à des portefeuilles entiers en essayant d'y intégrer les corrélations entre des milliers d'actifs de différents types. La crise actuelle montre qu'il reste beaucoup à faire pour comprendre la nature de ces corrélations. » Pour le chercheur, le risque propre au système financier, conséquence de l'interdépendance des acteurs du marché de la finance, a été largement sous-évalué : « Les crises financières récentes trouvent leur origine dans la dynamique interne des marchés financiers, pas dans un choc externe », précise-t-il. Entrevoit-il déjà les réformes nécessaires pour régler la crise et en éviter de nouvelles ? « Pour concevoir des stratégies efficaces de prévention et de gestion de risques, il faut d'abord se pencher sur les racines de la crise et bien comprendre comment on en est arrivé là. » Alors Rama Cont plonge dans ses modèles et ses formules mathématiques... et va prêcher la parole scientifique au monde de la finance ébranlé.

Camille Lamotte et Fabrice Demarthon

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Universités Paris-VI et VII.
2. Laboratoire CNRS / École polytechnique.

Contact

Rama Cont
Laboratoire de probabilités et modèles aléatoires, Paris
rama.cont@upmc.fr


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