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Partenariat industriel

Public et privé jouent dans le même club

L'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3) du CNRS vient de mettre en place un Club des partenaires industriels, rassemblant ses principaux clients et fournisseurs potentiels du secteur privé. Michel Spiro, directeur de l'IN2P3, décrypte l'importance des recherches partenariales pour l'institut.

spiro

© C. Lebedinsky/CNRS Photothèque


Dans quelle mesure un rapprochement de l'IN2P3 avec le secteur privé est-il aujourd'hui nécessaire ?
Michel Spiro
: La recherche en physique nucléaire et des hautes énergies s'appuie sur une infrastructure technologique particulière que sont les très grands équipements : les grilles informatiques à très grande échelle, les radiotélescopes ou les accélérateurs de particules comme le LHC. Ces outils de recherche toujours plus performants reposent sur des technologies très innovantes. Nos équipes créent donc continuellement des prototypes de recherche qui, une fois finalisés, sont développés conjointement avec nos partenaires privés – grands groupes ou petites entreprises. Lorsque la Cour des comptes a demandé l'an dernier à l'Institut de fournir un effort supplémentaire pour associer très en amont le monde industriel, nous avons immédiatement réagi en créant un Club des partenaires de l'IN2P3 autour d'une philosophie gagnant-gagnant.

Quelle est-elle ?
M.S.
: Il s'agit ici d'impliquer nos partenaires, souvent de petites entreprises de développement technologique, dès la phase de gestation des prototypes de recherche. Cela doit permettre à nos partenaires de bénéficier de technologies de rupture tout à fait inédites et d'un savoir-faire de niveau international qui sont autant d'avance prise sur la concurrence mondiale. C'est aussi les faire participer à une R&D de très haut niveau, assurer une montée en compétence leur permettant de répondre au mieux aux appels d'offres internationaux pour les très grands instruments de recherche, tout en disposant des brevets qui seront pris en commun et d'un savoir-faire rare pour leurs propres marchés.
Par exemple, l'IN2P3 a développé, dans le domaine des accélérateurs, des compétences très pointues qui en font un partenaire privilégié pour le groupe Thales, acteur important dans la production de sources de puissance hyperfréquences1, avec qui nous avons des problématiques communes. Une convention de groupement d'intérêt scientifique (GIS) entre l'IN2P3 et cette société a donc été signée le 26 mars 2008, en présence de Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Concrètement, quel est l'objectif du club ?
M.S.
: Le club des partenaires industriels doit former un lieu d'échanges et de rencontres entre industriels et laboratoires, pour une meilleure connaissance des besoins, des outils et des services de chacun, des verrous à lever, de la prospective sur l'évolution des technologies, du rapprochement des « feuilles de route » respectives. Son bureau, qui vient de se réunir, proposera des actions concrètes en vue d'une meilleure coopération sur les études amont, l'élaboration des choix stratégiques concernant les grands instruments et l'optimisation du financement d'une R&D commune de longue durée.

Quel est le panorama de vos collaborations actuelles ?
M.S.
: Une centaine d'industriels sont déjà partenaires de l'institut. Y figurent de grands groupes tels que Thales, Sagem Télécommunications, Areva Alstom Power Systems ou Air Liquide mais également des PME de pointe comme Photonis (optique électronique), HEF R&D (ingénierie de surfaces), SDMS (chaudronnerie nucléaire) ou encore Pantechnik (commercialisation de sources primaires d'ions), fondée en 1991 sur la base de brevets provenant de l'IN2P3 et de l'accélérateur d'ions lourds de Caen, le Ganil. Nous ne cherchons pas à multiplier le nombre de partenariats, mais bien à renforcer une collaboration établie souvent de longue date.

Quels sont les nouveaux enjeux de ces partenariats ?
M.S.
: Nous avons identifié six enjeux majeurs : focaliser les activités vers le Cern qui deviendrait ainsi la « capitale mondiale de la physique des particules », faire du Ganil, à Caen, le centre européen de recherche sur les noyaux exotiques2 via le projet Spiral2, dont l'implantation est prévue en 2013, participer pleinement aux recherches sur l'énergie nucléaire, avec par exemple le Programme sur l'aval du cycle électronucléaire (Pace), consolider l'acquis et les liens avec l'astrophysique et la cosmologie, consolider également les liens de l'informatique avec les autres disciplines à travers les grilles de calcul LCG (LHC Computing Grid) et EGEE et enfin, accroître la R&D sur les accélérateurs et l'instrumentation.

Quels verrous technologiques devraient demain être levés par l'IN2P3 et pourraient nourrir le monde industriel ?
M.S.
: Ils sont multiples et variés. En physique des particules par exemple, les études pour le passage à un super-LHC vers 2015 ont débuté alors même que le LHC au Cern n'avait pas encore commencé d'être exploité. Ces études portent par exemple sur la supraconductivité dite NbSn pour augmenter la puissance des champs magnétiques, et sur l'électronique 3D pour produire et tenir des intensités de faisceau dix fois plus puissantes qu'aujourd'hui. Autre illustration : en astrophysique, les expériences exigent à la fois une très grande sensibilité et une résistance à de très hautes énergies. Des verrous technologiques se situent par exemple dans la mise en œuvre de centaines de milliers de photodétecteurs à très faible coût distribués sur de très grandes surfaces. Ceux-ci doivent être capables de fonctionner aussi bien dans les grands fonds marins pour l'observation des neutrinos que près d'un réacteur nucléaire pour l'étude des propriétés de ces mêmes particules. Ces développements intéressent tous nos partenaires, pour des applications allant du domaine médical à la microélectronique.

Propos recueillis par Séverine Duparcq

Notes :

1. Voir www2.cnrs.fr/presse/communique/1317.htm
2. Noyaux d'éléments chimiques n'existant pas à l'état naturel sur Terre.

Contact

Michel Spiro
Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3) du CNRS, Paris
mspiro@admin.in2p3.fr


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