
Mécanique
De l'eau dans les rouages
Illustration avec l'une des nombreuses questions sur lesquelles planchent nos chercheurs : l'injection d'eau dans un moteur, sous la forme d'un léger brouillard, peut-elle permettre d'abaisser les émissions de dioxyde d'azote, un gaz devenu l'une des bêtes noires des normes antipollution, du fait de son effet irritant pour les poumons ? « Il se forme lorsque l'oxygène et l'azote de l'air, sous l'effet de la haute température qui règne au cœur d'un moteur thermique, se combinent. Ainsi, on espère que le brouillard d'eau, abaissant la température, diminuera la formation de ce polluant », détaille Alain Maiboom. Alors, l'œil vissé sur un écran de contrôle, Sami Shah, en deuxième année de thèse, suit les soubresauts d'une courbe représentant l'évolution dans le temps de la quantité d'eau injectée dans un moteur via un système prototype de sa fabrication. « J'essaie de stabiliser le système pour envoyer trois kilogrammes d'eau par heure, explique-t-il. Puis, je ferai une série de mesures des émissions polluantes. » Si les résultats sont là, un tel procédé équipera peut-être les prochaines générations de véhicules.
« Durant ma thèse, reprend Alain Maiboom, j'avais étudié la possibilité de réduire les émissions de dioxyde d'azote par un procédé de recirculation des gaz d'échappement dans le moteur. Ce système est déjà utilisé par certains constructeurs, et il s'agissait de bien comprendre l'influence de différents paramètres. Qui sait si l'avenir n'est pas dans une combinaison des deux procédés ? » Cette complémentarité entre optimisation de solutions existantes et mise au point d'idées nouvelles est au cœur de l'activité de l'équipe EMCI. « D'un côté, nous collaborons étroitement avec des constructeurs tels PSA ou Renault, et des équipementiers comme Valeo, sur des solutions existantes, explique Pascal Chesse, responsable de l'équipe. De l'autre, nous développons des prototypes. Notre rôle est alors d'indiquer aux constructeurs si ces options ont de l'avenir. Après, libre à eux de les exploiter ou pas, en intégrant des contraintes que nous n'étudions pas ici, comme la robustesse, la fiabilité ou la compacité du dispositif. »
Aujourd'hui, personne ne sait véritablement à quoi ressemblera le système de propulsion des futures générations d'automobiles. Une chose est sûre, leur cahier des charges devra intégrer de sérieuses contraintes environnementales. Il vise d'une part à réduire les émissions polluantes, d'autre part à baisser la consommation de carburant en vue notamment d'une diminution des émissions de dioxyde de carbone, puissant gaz à effet de serre. « De nombreux progrès ont été accomplis, assure Jean-François Hetet, directeur adjoint du LMF et membre de l'équipe EMCI. Mais aujourd'hui, nous devons faire face à une augmentation sans précédent du parc automobile mondial. Si nous voulons conserver notre liberté de déplacement, tout en prenant en compte la problématique du réchauffement et de l'augmentation du prix du pétrole, de nouvelles solutions sont à imaginer. » Pour Pascal Chesse, « si certaines voitures sont déjà dotées de batteries permettant de récupérer l'énergie mécanique dissipée lors du freinage sous forme électrique, on peut aussi envisager de le faire sous d'autres formes, mécaniques par exemple. Toutes les voies sont possibles et il faut tout essayer ».

© H. Raguet/CNRS Photothèque
Un chercheur prépare une expérience pour cartographier en trois dimensions les écoulements turbulents de gaz autour d'une soupape, afin d'améliorer les performances du moteur.
© H. Raguet/CNRS Photothèque Ce banc d'essai pour turbocompresseur (un élément permettant à un moteur de gagner en efficacité et en puissance) permet aux chercheurs du LMF de mettre au point des techniques qui allieront performances mécaniques, et réduction des émissions polluantes et de la consommation.
De nouveaux bancs d'essai
Outre cette importante activité de modélisation, le projet Perle ira de pair avec une réfection des moyens expérimentaux de l'équipe EMCI. Dans le cadre du Contrat de projets État-Région 2007-2013, une plateforme régionale d'essais doit voir le jour pour les ensembles hybrides. Elle sera composée de trois nouveaux bancs d'essai moteur dits dynamiques, permettant d'étudier en détail les régimes dits transitoires de fonctionnement d'un moteur (freinage, changement de vitesse, descente…). « Nous disposerons aussi d'un banc d'essai à rouleaux dynamiques, sur lesquels on peut poser un véhicule, afin de tester directement le fonctionnement d'un moteur sur un véhicule, ajoute Pascal Chesse. Nous pourrons par exemple expérimenter différents scénarios de récupération d'énergie au cours de différentes phases réalistes de fonctionnement. »
En attendant, l'équipe EMCI ne manque pas de projets. Certains sont focalisés sur l'optimisation des performances du turbocompresseur d'un moteur, un élément permettant d'augmenter la pression du mélange air/carburant afin de gagner en efficacité et en puissance. Un autre consiste à caractériser en trois dimensions les instabilités aérodynamiques engendrées par l'écoulement des gaz autour d'une soupape. De fait, comme le précise Pascal Chesse, « la maîtrise du remplissage en air du moteur par les soupapes est l'une des clés de la performance et de la réduction de la pollution ».
Dans tous les cas, c'est une évidence, les activités de l'équipe EMCI sont à forte vocation appliquée. Ce qui n'empêche pas ses chercheurs de mettre systématiquement l'accent sur les aspects fondamentaux de leurs problématiques. Comme le résume Jean-François Hetet, « un moteur thermique est un objet on ne peut plus appliqué. Mais dont le fonctionnement se fonde sur des disciplines très fondamentales, telle la chimie, la thermodynamique physique ou l'aérodynamique. Par ailleurs, les résultats des recherches dans ce domaine ont des implications sociétales directes, c'est très stimulant ! » Sûr que ceux obtenus au LMF aideront à imaginer la voiture de demain.
Mathieu Grousson
1. Laboratoire CNRS / École centrale de Nantes.
Équipe « Énergétique des moteurs à combustion interne » (EMCI), Nantes
> Alain Maiboom,
alain.maiboom@ec-nantes.fr
> Jean-François Hetet,
jean-francois.hetet@ec-nantes.fr
> Pascal Chesse,
pascal.chesse@ec-nantes.fr