Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Environnement

200 000 ans d'histoire du climat en Iran

Un nouveau record est tombé : des chercheurs ont pu retracer deux cent mille ans d'histoire de la végétation et du climat du Proche-Orient. C'est en fouillant au fond du lac Urmia, au Nord-Ouest de l'Iran, qu'une équipe internationale comptant plusieurs chercheurs de l'Institut méditerranéen d'écologie et de paléoécologie (Imep)1, à Marseille, a accompli cet exploit. Grâce aux pollens contenus dans deux carottes de 100 mètres chacune, prélevées à l'occasion de la construction d'un pont en 2000 et conservées depuis à l'université de Téhéran, les scientifiques ont pu découvrir quels types d'arbres et de plantes se sont succédé dans la région, et en ont déduit l'évolution du climat2.
Leurs conclusions ? Tout d'abord, il y a 200 000 ans, la région était couverte d'une steppe de graminées et d'armoises, des arbustes des régions sèches et froides marquées par de brusques changements de température et de précipitations. Vers 135 000 ans, les conditions climatiques se sont adoucies. Chênes et genévriers, très rares jusque-là, ont colonisé le territoire. Quelque 25 000 ans plus tard est survenu un nouveau refroidissement, et herbes et armoises se sont réapproprié le nord-ouest de l'Iran. Puis, avec le dernier réchauffement, il y a 11 000 ans, la région s'est enfin peuplée de forêts ouvertes, majoritairement de chênes, semblables à celles que l'on peut observer aujourd'hui. Une histoire mouvementée qui n'est pas sans rappeler celle, bien connue, de l'Europe ! « Le Proche-Orient et l'Europe ont beau être séparés de 5 000 kilomètres et situés dans des conditions biogéographiques différentes, on y observe les mêmes cycles climatiques. L'évolution du climat observée chez nous n'est donc pas locale ! », explique Philippe Ponel, chargé de recherches à l'Imep.
Cerise sur le gâteau, les chercheurs ont aussi trouvé, quasiment jusqu'au sommet des carottes, les spores d'une hépatique Riella, un végétal proche des mousses particulièrement rare. Si rare que très peu de spécialistes ont eu la chance d'en voir un spécimen vivant à l'état naturel ! La présence de spores récentes laisse donc envisager celle de la plante elle-même – jamais vue en Iran –, dans des zones refuges autour du lac salé. La chasse est ouverte ! Quant à nos paléoécologistes, ils souhaitent aujourd'hui dater plus finement les apparitions et réapparitions des divers végétaux pour mieux comprendre la dynamique climatique à l'échelle du Proche-Orient… et de l'hémisphère Nord.

Anne Orliac

Notes :

1. Institut CNRS / Universités Aix-Marseille-I et III / Université Avignon / IRD.
2. Cette étude a été menée dans le cadre du programme franco-iranien Gundishapour en collaboration avec l'université de Téhéran et l'Iranian National Center for Oceanography.

Contact

Philippe Ponel
Institut méditerranéen d'écologie et de paléoécologie (Imep), Marseille
philippe.ponel@univ-cezanne.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique