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Environnement

Des plantes dans les pas des hommes

plantes carte

© A. Thaliana/Revue Open Access

Les zones foncées, régions d'origine les plus probables de l'arabette des dames, correspondent à celles des débuts de l'agriculture en Europe


Mauvaises herbes et fermiers font finalement bon ménage. Ils auraient même entamé une association de longue date ! En effet, il y a dix mille ans, l'arabette des dames (Arabidopsis thaliana) aurait accompagné l'expansion de l'agriculture en Europe, en profitant des perturbations écologiques provoquées par ces activités nouvelles. C'est la conclusion de l'étude1 menée par une équipe de biomathématiciens du laboratoire TIMC-Imag, à Grenoble2, en collaboration avec des chercheurs américains de l'université du Michigan.
En comparant la diversité génétique observée dans des populations européennes d'Arabidopsis à celle reproduite par des simulations numériques, les chercheurs ont montré que cette plante, très étudiée par les scientifiques, avait commencé son expansion européenne il y a environ 10 000 ans à partir d'une région proche de la mer Noire et ce, à une vitesse d'environ 0,9 kilomètre par an. « Or ces trois paramètres correspondent à l'origine spatio-temporelle et à la vitesse d'expansion de l'agriculture en Europe », explique Olivier François, l'auteur principal de cette étude. L'histoire de cette plante aurait ainsi gardé la trace d'évènements démographiques humains datant de la Préhistoire.
Un bel exemple d'impérialisme écologique. Cette théorie popularisée dans les années 1980 par l'historien américain Alfred Crosby veut que les migrations des Européens aient été accompagnées par des mouvements de colonisation de nombreuses espèces ayant co-évolué avec l'homme. Et si ces résultats semblent en contradiction avec la théorie largement établie selon laquelle de nombreuses espèces ont, il y a environ 20 000 ans, recolonisé l'Europe à partir de refuges méridionaux (Espagne, Sud de l'Italie, etc.) préservés lors de la période glaciaire, Olivier François tempère : « Rien n'empêche de penser que cette colonisation post-glaciaire a également eu lieu pour Arabidopsis mais qu'une seconde vague de colonisation a masqué les empreintes génétiques de la première. »

Coralie Hancok

Notes :

1. « Demographic history of European populations of Arabidopsis Thaliana », François O et al., PLoS Genetics, 2008.
2. Techniques de l'ingénierie médicale et de la complexité-Informatique, mathématiques et applications de Grenoble (Laboratoire CNRS / Université Grenoble-I / Institut national polytechnique Grenoble / Éc. pratique des hautes études Paris / ENV Lyon).

Contact

Olivier François
Techniques de l'ingénierie médicale et de la complexité - Informatique, mathématiques et applications de Grenoble (TIMC-Imag)
olivier.francois@imag.fr


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